"N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi" Cioran
Sarko troquera-t-il la France à l’OTAN ?
« Aujourd’hui, vous avez la liberté de choisir à la carte. Demain, si vous rejoignez la structure militaire intégrée de l’OTAN, vous devrez prendre tout le menu »
Un responsable de l’Alliance Atlantique
Depuis son bad trip aux Etats-Unis, Sarkozy veut que la France entre enfin pleinement dans l’OTAN. Il dit monnayer ça contre l’accord des Etats-Unis et de l’OTAN pour l’édification d’une Europe de la défense, mais son enthousiasme ne trompe pas : déjà, Hervé Morin a affirmé qu’il fallait absolument « une Alliance atlantique où nous prenions toute notre place ».
De Gaulle, en juin 1959, avait lui déclaré le Pacte atlantique périmé et engagé la France avec elle-même en la désengageant de la tutelle américaine et en quittant en 1966 le commandement intégré de l’OTAN : ce fut d'ailleurs là l'acte fondateur de l’indépendance de la diplomatie française face à l’influence américaine.
Le Pacte atlantique était alors bâti en contrepoint au Pacte de Varsovie (alliance soviétique des pays satellites avec le grand frère russe). Deux mondes, deux alliances stratégiques de défense, qui ont joué un rôle déterminant pendant la guerre froide (et la chute de l’URSS en particulier).
Or la France, même lors de la crise des euromissiles Pershing que les Etats-Unis voulaient déployer sur toute l’Europe, n’a pas cédé : elle fut le seul pays à ne pas servir de terrain de jeu militaire, tout en acceptant filoutement le principe de leur déploiement partout ailleurs en Europe de l’Ouest.
Après la chute de l’URSS, et avec elle du pacte de Varsovie, l’OTAN n’avait logisquement plus de raison d’être. Mais les Etats-Unis ne cassèrent pas pour autant le beau réseau d'influance militaire pour autant : et le conflit de l’ex-Yougoslavie lui rendit une seconde jeunesse ; l’OTAN se mettra alors en scène en bras armé officieux de l’ONU en cassant la Serbie de Milosevic.
Depuis le 11 septembre, pourtant, l’OTAN a trouvé de quoi faire sur le terrain: les troupes de maintien de la paix en place au Kosovo et en Afghânistân, plus ou moins encadrées par l’OTAN, sont sous commandement alterné de plusieurs pays dont... la France, qui fait partie de l’Alliance atlantique sans être engagée dans le commandement de l’OTAN, même si depuis 1996 la France de Chirac a partiellement réintégré l’Alliance : 120 officiers, après avoir réintégrés les structures de commandement de l’OTAN, participent à présent aux exercices communs.
Que veut donc alors changer Sarko en ramenant totalement la France sous giron Atlantique ? Une telle politique, en l’état, serait un symbole de l’alignement, alors que la France n’aurait pas plus d’avantages qu’aujourd’hui.
De plus, comme le dit Védrine, rattacher l’édification d’une Europe de la défense à l’OTAN actuel est un non sens majeur ! L’un exclut presque l’autre dans sa définition même de l’organisation des rapports de force.

Sarkozy devrait donc laisser l’OTAN de côté pour l’instant. Aujourd’hui, la seule priorité de la France est une Europe de la Défense. Or pour qu’elle y entre, il faut qu’il y en ait une. Si on en veut une, il faut la faire bien : les fondamentaux étant une indépendance de toute tutelle américaine, donc une réforme de l’OTAN (visant, par exemple, à ne pas laisser se reproduire de possibles couacs polonais ou anglais en matière de politique étrangère).
Il faudrait plutôt que la France, si tel est vraiment son but, demande que l’OTAN se réforme de telle façon à ce qu’une Europe de la défense soit possible ; pour, seulement à ce moment-là, reconsidérer définitivement la place de la France dans l’OTAN.
Car s’il faut ensuite entrer dans l’OTAN pour que l’Europe de la défense soit acceptée par les atlantistes, ce sera donc une OTAN réformée. L'entrée en son sein ne devant pas être une fin en soi, mais un moyen de mettre en gage sa fierté sur l’autel de l’affranchissement de l’Europe.
La diplomatie étant le négoce de l’Humanité, tout l’art consiste donc à ne pas encore mettre cette carte sur la table et la garder sous le manche.
Malheureusement, tout semble indiquer que Sarkozy, en s’empressant d’annoncer l’entrée imminente (vraisemblablement pour le deuxième trimestre 2008) de la France dans l’OTAN, n’a ou rien d’un bon diplomate – car il brûle ses atouts... Ou rien d’un honnête européen! - au cas où son seul horizon serait l’OTAN, donc une politique résolument atlantiste ; une éventualité désastreuse, car castratrice pour une diplomatie française fondée sur le principe de non-alignement...
petit clin d'oeil avec un dessin de presse de l'époque où De Gaulle menait la vie dure à l'OTAN