"N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi" Cioran
Traité simplifié : L’EUROPE politique rétrécit au lavage
Ce billet n’est (pour une fois hihi) pas une charge contre notre président. D’autant plus qu’il n’est pas à l’origine du désastre qu’avait occasionné la ratification ratée par référendum de la constitution européenne en 2005.
Une constitution indispensable mais male charpentée, parce que faite d’un moule trop intangible pour rassurer : car si personne n’a au final réussi à revendiquer la victoire du non (ni les souverainistes, ni les gauchistes), c’est tout simplement parce que ce non était un quiproquo entre un peuple et ses élites, une expression du doute qui a été certes utilisé par les idéologies anti-européennes ou antilibérales, mais qui n’a pas été porté par elles.
J’ai voté "non". Alors que j’étais résolument pour. J’ai voté "non" parce que j’ai alors fait l’effort de lire la constitution sans pour autant accepter qu’on nous soumette cette bouillie indigeste en croyant que nous dirions "oui" sans comprendre. On n’aurait d’ailleurs pas dû nous demander notre avis ; mais dès qu’on l’avait fait, il fallait jouer le jeu jusqu’au bout. Le référendum n’est pas un moyen de se défausser sur le peuple pour se déresponsabiliser soi-même : Chirac l’a fait, Sarkozy non. Bon point - dans l'absolu - pour Sarkozy.
Ce qui ne veut pas dire que je sois pour le Traité simplifié !
- premièrement, il est incongru qu’on ait choisit après coup de ne plus demander au peuple parce que son choix, une fois signifié, ne nous convenait pas. Le fait que Sarkozy ait pris ses responsabilités est peut-être une preuve de bon sens, mais elle est une erreur dans le contexte du "non" de 2005 : un nouveau référendum eut été – bien qu’un mauvais choix dans l’absolu - une obligatoire preuve de respect envers le peuple ; une non-option, malheureusement, mais une exigence démocratique qui aurait lavé l'affront fait à l'Europe par la décision imbécile de faire un premier référendum.
- deuxièmement, qu’est-ce qui a changé avec ce traité ? Qu’est-ce qui fait que celui-ci est plus léger, plus light, plus facile à porter ? Etaient-ce le drapeau, l’hymne, les symboles identitaires de l’Europe qui avaient pesés si lourd en 2005? Pourquoi les avoir enlevés ? Qui diable s’en offusquait ? Dommage pour la symbolique, dommage pour les étoiles : les éléments les plus simples et les plus forts du traité ont été virés de bord, et on ne saura jamais vraiment pourquoi…
Reste que, par ce procédé irrespectueux, inélégant, Sarkozy va remettre en route le chantier des institutions européennes qui sont à terme indispensables à une Europe politique.
Une Europe politique que je désire ardemment sans plus vraiment y croire : il est aujourd’hui devenu impossible de rafistoler un costume politique à une Europe qu’on a voulu faire avant tout économique ; ce qui a par exemple impliqué une expansion trop rapide du territoire UE au détriment de la charpente qui aujourd’hui craque, s’incommodant par exemple d’une Pologne frondeuse et atlantiste, et fonçant sans discernement vers ce qui pourrait la condamner à rester un entité strictement économique et douanière : l’intégration trop rapide de pays économiquement prêts mais aux valeurs (aujourd’hui) incompatibles comme la Turquie.
Je suis un souverainiste de l’Europe. Résolument.