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"N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi" Cioran

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Les Kurdes sont des têtes de Turc (comme les autres)

La Turquie en Irak : une diplomatie sur le fil du rasoir

 i78964HADDAD.jpg                                            LE BLUES DU PESHMERGA "A la frontière turco-irakienne..."

Qu’est-ce qui préoccupait l’Etat Turc ces derniers temps ? Il suffisait, ces dernières semaines, de jeter un coup œil sur les gros titres des Hurryiet et autres Turkish Daily News pour s’en rendre assez rapidement compte. Deux choses en particulier, donc: la résolution du génocide arménien en passe d’être voté par le congrès américain,  et la sanctuarisation du nouveau (et très stable) Kurdistan irakien par le PKK (organisation terroriste kurde harcelant depuis 25 ans la Turquie), qui vient de mener une incursion meurtrière en Turquie, coûtant la vie à 12 militaires turcs, le dimanche 21 octobre

Aujourd’hui, la Turquie est (momentanément) parvenu à régler et l’une et l’autre en jouant sur les nerfs d’un seul Etat (et pas des moindres) : Les Etats-Unis.

Petit cours de géopolitique : la Turquie, partenaire précieux des Etats-Unis (tout particulièrement comme membre de longue date de l’OTAN), est le seul Etat stable (à population majoritairement musulmane) du Moyen-Orient à s’accommoder et d’Israël, dont elle est un allié de longue date, et des Etats-Unis, qui se servent d’une de ses bases militaires comme tête de pont pour l’Irak et ont massivement armé la Turquie, même au plus fort des massacres de kurdes entre 1990 et 1994.

icpshlo95221007234103photo01.jpgLa Turquie est aussi un pays frontalier de l’Irak… Sans pour autant y gagner grand-chose pour l’instant (contrairement à l’Iran qui avance ses pions au sein de la forte minorité chiite d’Irak), puisque ses frontières touchent ce qu’on pourrait appeler officieusement le premier Etat kurde au monde. Or la Turquie n’aime pas les Kurdes, dernière minorité non turque encore vivante sur son sol (ils sont en majorité relative dans tout le sud-est de la Turquie) : en atteste l’opinion publique turque qui trouve que l’édification d’un Irak fédéral (solution la plus viable vu le nombre d’entités religieuses et ethniques antagonistes en présence) est un scénario cauchemardesque pour la Turquie, puisqu’en faisant du nord de l’Irak une région autonome kurde, les Américains vont coller un pays kurde au cul de la Turquie…    

Alors comment se servir de l’Irak à leur avantage ? En menaçant de la déstabiliser !

Alibi ? La région autonome du Kurdistan Irakien sert de sanctuaire aux terroristes du PKK qui ont, le mois dernier, « remis ça » : il faut les empêcher de continuer. D’autant plus que l’opinion publique ne laissera pas passer une quelconque faiblesse de ses dirigeants face à la bête noire Kurde.

Jouet  du chantage? L’Irak, donc.

Victimes ? D’abord les Américains, ensuite les Kurdes et les Arméniens, et enfin – si tout va mal – les Irakiens. 

Or la région Kurde est la seule région d’Irak stable (sans terroristes, sans attentat, et où les investissements affluent).

icpshnh59031107160734photo00.jpgEn menaçant d’entrer en Irak avec son armée et de massacrer du terroriste Kurde pour leur apprendre à ne plus prendre des soldats tucs en otages, la Turquie a menacé, en substance, de violer la souveraineté de l’Irak (je sais, je sais, elle existe pas) au risque d’affaiblir l’autorité du gouvernement fantoche de Bagdad qui, si elle avait été à la tête d’un pays indépendant, aurait aussitôt conclu à un acte de violation des frontières - pas si loin d’un casus belli.

Et de rendre la situation de l’occupant américain plus inextricable encore...


Ainsi, en massant ses troupes à la frontière irakienne, la Turquie a trouvé un moyen de mettre en balance ses conditions à elle. De quoi régler ses problèmes en menaçant dans le cas échéant d’en créer d’autres : une politique de terreur diplomatique assez prometteuse - ce n’est d'ailleurs peut-être pas la dernière utilisation du levier « j’enflamme l’Irak si… » - qui lui a permit de :

 

- bloquer le vote de la résolution arménienne au Congrès américain, puisque certains députés initialement pour on dit que le contexte ne se prêtait plus à une résolution qui aurait indirectement menacé des rapports avec la Turquie rendus indispensables  par la crise irakienne

- faire plier les terroristes du PKK qui ont libérés en signe d’apaisement les otages turcs

- affaiblir le président de l’Irak, Jalal Talabani, un Kurde qui ne se résout pas à livrer le PKK aux Turcs

- obtenir que l’Irak mène une politique plus répressive envers le PKK

- obtenir, enfin, que les services de renseignement américains, très au fait sur bien des choses, collaborent activement avec les services de renseignement turcs sur le cas PKK, histoire de capturer une liste de terroristes ou sympathisants qui se font de vieux os en Irak


Une bien mauvaise image d'une Turquie que l’Europe et les Etats-Unis voient pourtant comme "the" pays stabilisateur du Moyen-Orient!

En tout cas, on peut observer – avec un brin d’ironie – que le seul allié objectif des Etats-Unis, le seul voulant la stabilité de l'Irak, est l’Iran (parce qu’il est dans son intérêt que les chiites, majoritaires, prennent le pouvoir à Bagdad).

 
L’ironie fait décidément mal les choses…

 

 shls96231007193036photo00.jpg

 

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