"N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi" Cioran
Quelle position pour la France ?
- Nicolas Sarkozy a bel et bien annoncé, comme nous l’avions prédit en nov 2007, la réintégration prochaine de la France dans le commandement militaire intégré de l’Alliance atlantique : un pas qui serait franchit au prochain sommet, en 2009 ; si toutefois des efforts étaient consentis par les Etats-Unis dans le sens d’une ébauche d’une Europe de la défense.
- La France et l’Allemagne ont mené une fronde (réussie) contre l’ouverture annoncée par Bush du processus d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine, remarquant toutefois que cette décision restait provisoire et pourrait changer tôt ou tard.
- La France a annoncé l’envoi de près de 700 hommes en Afghanistan, dans les zones de combats à l’Est.
Quelle position pour les Etats-Unis et le Canada?
Les objectifs principaux de Bush en arrivant à Bucarest, faire entrer l’Ukraine et la Géorgie, n’ont pas été remplis. Ce qui ne l’empêche pas de parvenir à gagner des troupes françaises pour l’Afghanistan, des troupes qu’attendait avec impatience le Canada, dont le premier ministre Stephen Harper, faisant face à une opposition populaire croissante et échaudé par la moisson de victimes canadiennes, avait décidément bien besoin.
Quelle position pour la Russie ?
La Russie a gagné. Elle est parvenue à gagner le bras de fer qui l’opposait aux Etats-Unis en faisant capoter la programmation de l’adhésion de ‘l’Ukraine et de la Géorgie, deux ex-pays satellites de ce qu’elle considère comme sa zone d’influence naturelle (car hérité de l’URSS).
Ce qu’il faut en penser :
La position de Nicolas Sarkozy ressemble à du mauvais troc : il pense acheter l’autonomie de l’Europe militaire aux Etats-Unis en donnant pour gage la promesse de la fin de son autonomie face aux Etats-Unis sur le plan militaire (en intégrant totalement l’OTAN alors que De Gaulle l’avait quitté en 1966) : la logique m’échappe…
Il ne récolte d’ailleurs pour le moment pas plus que la promesse d’un geste à venir en ce sens : et s’en félicite chaudement. Reste à convaincre l’Angleterre, dont le principal souci et de faire que l’Europe reste un espace strictement économique et douanier : cherchez l’erreur…
Alors pourquoi avoir freiné aux quatre fers l’intégration de la Géorgie et de l’Ukraine, puisque telle était la volonté des Etats-Unis ? Pour l’intérêt de l’Europe, qui se serait retrouvé victime collatérale de la vengeance russe (exportateur de gaz, etc.) si l’estocade étasunienne avait porté. Pour ne pas être les cocus de l’histoire, Merkel et Sarkozy ont donc ménagé la Russie, et ils ont eu raison. Il ne sert à rien de jouer le jeu du rapport de force à tout bout de champ avec Poutine, surtout lorsqu’il s’agit de servir la soupe aux Etats-Unis en leur donnant deux pays influants aux portes de la Russie.
A contrario, l’Europe a joué la carte de l’Europe en négociant l’entrée de l’Albanie et de la Croatie. Dans le jeu des chaises musicales, c’est l’Europe qui a gagné. Et dans celle du chantage, la Russie. Mais les Etats-Unis repartent avec un autre pays dans leur escarcelle, et pas des moindres : la France.