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AGENDA

AVRIL 2008

2 avril:
Philadelphie - discours de Barack Obama devant la puissante confédération AFL-CIO

2-3 avril:
Sommet de l'OTAN à Budapest, Roumanie, consacré notamment à l'Afghanistan, au Kosovo, aux relations avec la Russie, le projet américain de système anti-missile

3 avril:
La Haye - verdict du TPIY dans le procès de l'ancien 1er ministre kosovar Ramush Haradinaj et de 2 anciens combattants de l'UÇK pour crimes de guerre et contre l'humanité

4 avril:
40ème anniversaire de la mort de Martin Luther King
Zagreb: visite en Croatie du président américain George W. Bush (jusqu'au 5)

5 avril:
Saint-Pétersbourg: sommet de l'opposition russe en vue de se coaliser
Tokyo: réunion des ministres de l'Environnement du G8 (jusqu'au 6)

6 avril:
Londres: manifestations prévues à l'occasion du passage de la flamme olympique- Sotchi
Russie: George W. Bush et Vladimir Poutine discutent du projet américain de défense anti-missile


9 avril: Elections légilatives en Corée du Sud
Lancement
de Chandrayaan-1, 1ère sonde spatiale indienne, vers la Lune, depuis le centre spatial de Satish Dhawan, (nord de Madras)

13 avril: Elections municipales et communales du Bénin

13 et 14 avril: Elections générales en Italie (Berlusconi vs. Veltroni)

15-20 avril
:
Visite du pape Benoît XVI aux Etats-Unis, avec notamment un discours à la tribune des Nations unies et une visite de Ground Zero

20 avril: éléctions présidentielles et législatives au Paraguay
26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 12:15

L’IRAN : un pays en sursis

 

 

Depuis les élections du 12 juin, le Monde entier a les yeux rivés sur la fissure creusée par un coup de force qui, craquelant du sommet jusqu’à la base le mur porteur des institutions de la république islamique d’Iran, a révélé le vide du pouvoir en place, mettant toute la société iranienne au pied de ce mur.

 


 

 

Un pays dans l’œil du cyclone occidental

 

L’Iran est un marronnier des chancelleries et autres départements d’Etat des puissances occidentales : usé jusqu’à la corde par leurs différentes guerres d’influences, ses régimes successifs ont été mis sur pied puis démis au gré des intérêts pétroliers britanniques puis américains ou français, quand ce n’était pas dans le sillage de jeux d’influences périphériques consécutifs à la seconde guerre mondiale ou à la guerre froide.

Ainsi, l’Iran a tour à tour été dirigé par un général devenu Shah par la grâce des britanniques, puis démis par les Alliés parce que trop pronazi au profit de son fils, avant d’être lâché lui-même par les américains lorsqu’il crut bon contester leur mainmise sur le pétrole iranien. Une révolution plus tard, alors que le Shah était déposé par son peuple, les Etats-Unis et la France ramenaient en grande pompe dans un Air France spécialement affrété l’Ayatollah Khomeyni - qui vivait jusqu’alors sa vie d’opposant au Shah en banlieue parisienne - afin de détourner le mouvement en cours de l’influence communiste au profit de celle, moins dangereuse, des religieux.

 

sur Mossadegh - http://www.monde-diplomatique.fr/mav/93/SALAMATIAN/15171Depuis, l’Iran - devenue République Islamique d’Iran - n’a eu de cesse de se positionner (de façon parfois spectaculaire) en opposant systématique des occidentaux. Ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être isolé ; isolement tout relatif compte tenu du gouffre d’instabilité perpétuel qu’est le Proche/Moyen Orient...

 

Lame de fond redoutable, l’Iran gagne ainsi, depuis quelques années, du terrain dans un Irak en friche où les chiites - majoritaires - ont repris la main suite à la croisade américaine. Il noyaute en prime le Liban en chaperonnant le Hezbollah (chiite, lui aussi), donnant à ce dernier les moyens de rester cet Etat-bis plus stable et mieux armé capable de se rendre incontournable dans un pays en perpétuelle crise institutionnelle.

 

En parallèle, l’élection surprise d’Ahmadinejad en 2005 a précipité une surenchère de provocations systématiques envers l’Occident ; avec, en guise de tête de pont, une haine délirante d’Israël (usant au besoin du négationnisme de la Shoah) et, pour moteur, la revendication - ancienne, populaire et légitime aux yeux des iraniens - du droit au nucléaire civil. Voilà donc cette tête d’iceberg iranien qui, scrutée par le bout de la lorgnette occidentale et tenue en joug par Israël, a caricaturé l’image d’un pays en l’assimilant à un seul homme, hirsute, mal fagoté et vindicatif: Mahmoud Ahmadinejad.

 

12 juin 2009 : "Printemps de Téhéran" et/ou Coup d’Etat paramilitaire ?

 

Mahmoud Ahmadinejad est issu des Gardiens de la Révolution de l’Iran (GRI), un groupe paramilitaire qui, façonné par la guerre Iran-Irak et les campagnes de massacre d’opposants qui suivirent, deviendra par la suite le bras armé de l’aile droite du régime.

Pendant son premier mandat, il n’a eu de cesse de placer des hommes des GRI dans les arcanes du pouvoir, leur octroyant des postes politiques (ministres, gouverneurs, généraux, maires) ainsi que près de 10 milliards de dollars de contrats (pétroliers ou autres).

Le pouvoir, lui, a laissé faire, voyant en Ahmadinejad l’antidote du moment à toute reproduction d’une surprise des urnes du type de celle qui avait placé le réformateur Khatami à la présidence de 1997 à 2005. Le "pouvoir" n’étant autre que le Guide suprême Khamenei, arbitre et garant de la République islamique selon son principe fondateur, le velāyat-e faqih (tutelle juridique du religieux sur le politique). 

 

Venons-en à présent aux faits récents; en commençant par un constat : ce qui s’est passé le 12 juin 2009 et les jours qui suivirent est encore sujet à controverses. Gageons que le tamis de l’Histoire fera proprement son œuvre et arrêtons-nous sur ce qui a été démontré : suite à une campagne électorale étonnamment libre et bien relayée par les médias, les quatre candidats autorisés par le régime se soumettaient le 12 juin au verdict des urnes. Parmi eux, un ancien premier ministre conservateur retiré de la vie politique depuis 20 ans (qui avait en son temps initié le programme nucléaire et mené des campagnes d’assassinat d’opposants), Mir Hossein Moussavi, faisait figure d’opposant au président sortant, fédérant sous son panache vert la plupart des réformateurs et des pragmatiques/centristes du régime (dont le richissime Rafsandjani, ex-président de la république et affairiste notoire, opposant officieux de Khamenei, devenu second personnage de l’Etat en tant que président de l’Assemblée des Experts, organe de désignation du Guide suprême).

Le soir du 12 juin, Moussavi reçoit l’assurance – de fonctionnaires du ministère de l’intérieur qu’on a par la suite réduits au silence - qu’il a gagné les élections dès le premier tour. Il se fend alors d’une déclaration de circonstance, immédiatement contredite par voie officielle, qui annonce à la va-vite la victoire d’Ahmadinejad. Les résultats ont entretemps été grossièrement falsifiés (ceux communiqués étant mathématiquement impossibles) par les GRI.

Qui a gagné dans les urnes? Nul ne le sait vraiment. Mais la rue, bernée, gronde. Dans les villes, ce sont les jeunes, les classes aisées et les minorités qui formeront le gros des manifestations, monstres, rassemblés sous la couleur verte d’un Moussavi emporté presque malgré lui dans un mouvement qui le dépasse quelques peu. Ceux-là mêmes qui, par leur abstention, avaient laissé passer Ahmady en 2005. Rapidement réprimés, censurés, coupés du monde par les brouillages des portables, des chaînes satellitaires, d’internet, ils laissent des morts sur le pavé, sont arrêtés par cars entiers, et leur flot se tarit sous le goulot des GRI, à qui on a ordonné de faire régner l’ordre coûte que coûte.

 

Au sommet du pouvoir, c’est une autre lutte qui se joue. Khamenei, en disant implicitement qu’il soutenait le président sortant avant même le vote, a brisé son trône d’arbitre. Il récidive, invective les opposants, qualifie cyniquement la victoire obligatoire d’Ahmedinejad de « miracle ». Le Guide suprême n’en est alors plus un. La tête de l’Etat s’en trouve par conséquent discréditée. C’est un véritable Coup d’Etat interne qu’il vient d’autoriser, enlevant toute légitimité au verdict des urnes (quel qu’il soit). Et effaçant, dans les faits, le mot République  du fronton de la République islamique d’Iran.

 

Qui est gagnant ?

 

Sur le plan intérieur, chacun compte ses points. Les réformateurs se félicitent d’avoir ouvert une brèche. Moussavi s’accroche à son rôle d’opposant, rejoint bientôt par quelques grands Ayatollah opposés à Khamenei et soucieux de préserver le velāyat-e faqih (un de ses théoriciens, l’Ayatollah Montazeri, est de ceux-là). Rafsandjani, lui, est au cœur de la lutte du pouvoir ; et il joue gros face au Guide.

Khamenei, justement, croit sûrement avoir sauvé sa place en consolidant le pouvoir conservateur. On le sait malade : veut-il verrouiller le pouvoir en le donnant, au prix du discrédit de l’Etat de droit islamique, à la nouvelle droite d’Ahmadinejad?

Comment considère-t-il Ahmadinedjad : comme un pion ? ou comme un champion de sa cause ?

En tout cas, s’il y a bien une chose certaine, c’est bien la victoire d’Ahmadinejad : plus que jamais ostracisé, isolé, diabolisé, il peut enfin jouer pleinement le rôle du méchant antioccidental. Obama lui-même, qui n’a pas une seule fois soutenu expressément ses opposants de peur de nourrir la bête et de condamner les manifestants au traitement qu’on réserve aux traîtres vendus à l’occident, semble pour le moment impuissant : ses offres de négociations ne trouveront plus preneur !

Ahmadinejad est, de plus, soutenu par un pouvoir qu’il ne cautionne pas totalement. Il doit ainsi moins son ascension à Khamenei qu’à un autre religieux, l’Ayatollah Mesbah, son mentor. L’enchaînement des évènements récents donne en effet bizarrement raison à cet Ayatollah qui a coutume de dire que « peu importe ce que les gens pensent, ils sont ignorants » : rejetant toute élection, s’opposant au dogme constitutionnel du velāyat-e faqih et appelant de ses vœux un Guide suprême non pas élu, arbitre et garant, mais de droit divin et au pouvoir absolu.

 

Sur le plan extérieur, le seul grand gagnant est Israël. Un Iran présentable ne lui aurait pas servi autant que celui que lui offre Ahmadinejad. Or Israël (qui est de longue date une puissance nucléaire) a besoin de jouer des menaces extérieures pour attirer à ses côtés cet Occident qui l’a si généreusement armé. Et qui, échaudé par les massacres répétés de palestiniens et l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, pourrait – au gré d’un infléchissement diplomatique initié par Obama – être moins conciliant à l’avenir.

Quant à l’Europe et aux Etats-Unis, dont les déchets diplomatiques irradient encore dans l’esprit des iraniens, ils se retrouvent – eux – pieds et poings liés par la méfiance physiologique qu’ils suscitent là-bas…

 

Un épisode en cours

 

Un constat, d’abord : le coup d’Etat des GRI au profit de leur champion a vidé, avec la bénédiction du Guide Suprême qui s’en trouve discrédité, la République islamique d’Iran de sa substance, reniant par là-même le célèbre précepte de Khomeiny qui disait que « la mesure [était] le vote du peuple ».

 

Le régime sonne dorénavant creux : il se sait en sursis. La brèche devra donc être :

- soit colmatée au plâtre d’une mollahcratie 

- soit détruite par un mouvement contestataire vertical comprenant des religieux dissidents, des politiques, des manifestants, des grévistes, etc.

- soit restaurée à l’état antérieur (au prix de l’amnésie de tout un peuple, ce qui nécessiterait une répression terrible –à la TienAnMen en guise de coup de massue)

 

 

Un scénario qui reste encore à écrire, certes, mais il y a fort à parier que - une fois n’est pas coutume - les seuls qui ne tiendront pas le stylo seront les iraniens eux-mêmes…

   

 

article publié dans le magazine Haïastan en juillet 2009

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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 13:28

Après Kadhafi, Assad ?

 


ll y  a quelques mois de ça, Kadhafi (qui, aujourd’hui, torpille l’union de la méditerranée cher à Sarkozy[1]) était reçu en grande pompe par la France. L’apothéose symbolique de sa réhabilitation internationale - longuement négociée et durement acquise depuis 2003 suite à la signature du traité de non prolifération nucléaire et la libération d’infirmières bulgares (sans oublier le règlement de ses passifs terroristes).

Aujourd’hui, c’est Bachar El Assad, le président syrien, qui s’apprête à croiser le premier ministre israélien pendant une réunion autour du projet méditerranée et assister dans la foulée au défilé du 14 juillet.

Loin de moi l’idée de critiquer la stratégie du tapis rouge, crier au scandale, etc. L’important est ailleurs ; il est de savoir ce que ces gestes dénotent…

 

Et dans le cas de la Syrie, elle dénote beaucoup de choses : ce pays qui, il y a encore quelques années, était promis au même sort que l’Irak, n’est plus cité dans les fatwas américaines. Ayant finalement accepté le compromis qui a abouti à nommer le général maronite Michel Sleimane à la présidence du Liban, puis organisé la nouvelle trêve entre le Hamas et Israël, celle-ci s’apprête à discuter avec Israël – sous l’égide des turcs – au sujet du plateau du Golan.  Ses ambitions nucléaires ont de plus été stoppées par un raid israélien passé un peu trop inaperçu…

 

Le parallèle avec la Lybie est finalement assez troublant : deux dictateurs, issus de fractions minoritaires dans leurs pays respectifs, mais au pouvoir peu disputé, qui tentent de se réhabiliter sur le plan international en donnant les gages nécessaires à l’occident, cherchant ainsi à recevoir en retour la garantie durable qu’aucun des puissants du monde ne tentera de les déstabiliser…

 
Ou comment changer de visage dans l’imagerie bons/méchants de l’Occident bien pensant…



[1] http://www.afrik.com/article14510.html

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 12:19

L’Iran, vainqueur collatéral de la guerre d’Irak

Comment un Iran chargé d’arbitrer des rivalités chiites en Irak en est devenu l’acteur incontournable, s’imposant du même coup comme l’allié "objectif" le plus précieux des Etats-Unis dans la région

 


Il y a maintenant deux semaines, l’Irak a été le théâtre d’une énième combinaison de rivalités qui, depuis le début de l'occupation américaine, fragmentent toujours un peu plus un pays ressemblant à présent à un patchwork sanglant de factions rivales. A ceci près que, pour la première fois, c'est ni plus ni moins qu'une guerre ouverte qui s'est déclaré entre chiites - les milices de Moqtada Al-Sadr (chef religieux puissant qui est à la tête de la milice non alliée la plus puissante d’Irak, l’Armée du Mahdi) et l’armée régulière du premier ministre chiite Nouri Al-Maliki.

Pendant une semaine, l’impopulaire Maliki a joué son va-tout en jurant de décimer l'armée parallèle de Sadr, allant jusqu’à promettre qu’il ne bougerait pas de la ville de Bassorah tant que les 18 milices recensées ne seraient pas délogées des quartiers qu’elles occup(ai)ent illégalement. Une entreprise qui, tentée pour la première fois sans l'appui (initial) des américains, s’est soldé par un échec retentissant, alors que Maliki disait à qui voulait l'entendre (et en premier lieu aux anglais qui occupent Bassorah) que son offensive serait une promenade de santé.

 

Une semaine de guerre (et 470 morts + des milliers de blessés) plus tard, Maliki - qui, au lieu de reprendre ne serait-ce qu'un seul des quartiers sadristes, a enclanché un soulèvement général des milices de l'Ayatollah dans les grandes villes chiites d'Irak - a dû s'en remettre à l'arbitrage de son allié de circonstance, l'Iran. Le 30 mars à Qom, ville sainte chiite se trouvant en plein cœur de l’Iran, Moqtada Al-Sadr et deux importants membres de l’entourage du premier ministre ont signé un cessez-le-feu sous la houlette du chef des brigades des pasdarans iraniens (= le corps armé de volontaires dont est issu le président iranien Ahmadinedjad et qui domine la vie politique iranienne)… L’Iran accédant ainsi à la supplique des Etats-Unis qui exhortait publiquement Téhéran « de mettre son influence au service de la stabilisation ».


S’il fallait une preuve de l’influence déterminante de l’Iran, la voilà. Le pays le plus haï de la région est devenu, grâce aux américains, l’arbitre des nouveaux maîtres de l’Irak - ces chiites qui aujourd’hui se divisent dans le sang entre pro et anti-américains.

Une situation d’autant plus paradoxale que les américains, qui accusaient jusqu’alors l’Iran de vouloir déstabiliser l’Irak en armant l’Armée du Mahdi, n'ont pu faire autrement que de s'en remettre à l'Iran lorsqu’il a fallu stabiliser l’Irak en sauvant la face d’un premier ministre qui, retournant à Bagdad sans avoir tenu parole, apparaît aujourd’hui de plus en plus affaibli.  

Le résultat? Une situation encore plus inextricable, alors que les américains se démènent dans le nord contre Al Qaida qui tente de séculariser la région sunnite Tikrit-Bagdad-frontière syrienne, que les chrétiens d’Irak s’exilent dans le nord kurde - fuyant les kidnappings et les assassinats répétés, et que les kurdes s’essaient à une sécurité retrouvée sous la menace d’une ingérence militaire turque, etc.


Et l’Iran qui, grâce aux Etats-Unis, ne compte plus l’Irak au nombre de ses ennemis (l’Irak de Saddam Hussein a longtemps été le plus dangereux – cf. la guerre Iran-Irak), est aujourd’hui devenu, en qualité de seule puissance régionale capable de stabiliser l’Irak, l’acteur incontournable de la guerre d’influence qui se joue là-bas.

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 12:41

LIBAN : demain, le chaos ?

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La France, cet inestimable pivot dans les crises libanaises, vient encore de tenter de peser de tout son poids pour parvenir à trouver une solution à la course contre le temps qui se joue à Beyrouth. Le président Lahoud, un prosyrien, ne le sera plus le 24 novembre, dernier délai pour élire un président de consensus – un maronite devant être élu au 2/3 du parlement : le 21, après plusieurs reports, sera la dernière date possible avant expiration.

Que se passera-t-il ensuite ?

Aujourd’hui, une seule personnalité fait l’unanimité chez les maronites : le très sage et respecté Cardinal Sfeir. Tout le monde (même Kouchner) lui a demandé de choisir à la place des élus en dressant une liste « officieuse » de présidentiables potables : une façon de se défausser sur lui.

sfeir220.jpgMgr Sfeir, n’étant pas dupe, a refusé, d’autant plus que par le passé ce genre de procédé s’est soldé par un échec. Il a raison.

Le grand homme est trop précieux pour qu’on l’use dans ce genre de tractations politiques. Après le 24, ses arbitrages pourront se révéler autrement déterminants.

Après le 24… Que se passera-t-il après le 24 ?

Si un président n’est pas élu au consensus, la majorité anti-syrienne a choisit d’élire dans les jours suivants un président à majorité simple.

Un procédé nécessaire selon eux, mais anticonstitutionnel selon l’opposition ; et Nasrallah, non avare de menace, veille à la tête de la plus puissante armée du Liban : le Hezbollah.

La Guerre civile ? Pas encore. Mais l’escalade vers un pays scindé en deux, une communauté maronite schizophrène, un match chiite-sunnite faisant parfois étrangement écho à la crise irakienne sont possible, d’autant plus que la menace d’un gouvernement rival si un tel président est élu est sur la table.

Reste, pourquoi pas, l’entrée en scène de l’entité terroriste… Car, si le Liban n’a pas de Waziristân, il en a eu, l’espace de quelques mois, la version immature et miniature avec la bataille de Nahr el Bared.  

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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 16:37

La Turquie en Irak : une diplomatie sur le fil du rasoir

 i78964HADDAD.jpg                                            LE BLUES DU PESHMERGA "A la frontière turco-irakienne..."

Qu’est-ce qui préoccupait l’Etat Turc ces derniers temps ? Il suffisait, ces dernières semaines, de jeter un coup œil sur les gros titres des Hurryiet et autres Turkish Daily News pour s’en rendre assez rapidement compte. Deux choses en particulier, donc: la résolution du génocide arménien en passe d’être voté par le congrès américain,  et la sanctuarisation du nouveau (et très stable) Kurdistan irakien par le PKK (organisation terroriste kurde harcelant depuis 25 ans la Turquie), qui vient de mener une incursion meurtrière en Turquie, coûtant la vie à 12 militaires turcs, le dimanche 21 octobre

Aujourd’hui, la Turquie est (momentanément) parvenu à régler et l’une et l’autre en jouant sur les nerfs d’un seul Etat (et pas des moindres) : Les Etats-Unis.

Petit cours de géopolitique : la Turquie, partenaire précieux des Etats-Unis (tout particulièrement comme membre de longue date de l’OTAN), est le seul Etat stable (à population majoritairement musulmane) du Moyen-Orient à s’accommoder et d’Israël, dont elle est un allié de longue date, et des Etats-Unis, qui se servent d’une de ses bases militaires comme tête de pont pour l’Irak et ont massivement armé la Turquie, même au plus fort des massacres de kurdes entre 1990 et 1994.

icpshlo95221007234103photo01.jpgLa Turquie est aussi un pays frontalier de l’Irak… Sans pour autant y gagner grand-chose pour l’instant (contrairement à l’Iran qui avance ses pions au sein de la forte minorité chiite d’Irak), puisque ses frontières touchent ce qu’on pourrait appeler officieusement le premier Etat kurde au monde. Or la Turquie n’aime pas les Kurdes, dernière minorité non turque encore vivante sur son sol (ils sont en majorité relative dans tout le sud-est de la Turquie) : en atteste l’opinion publique turque qui trouve que l’édification d’un Irak fédéral (solution la plus viable vu le nombre d’entités religieuses et ethniques antagonistes en présence) est un scénario cauchemardesque pour la Turquie, puisqu’en faisant du nord de l’Irak une région autonome kurde, les Américains vont coller un pays kurde au cul de la Turquie…    

Alors comment se servir de l’Irak à leur avantage ? En menaçant de la déstabiliser !

Alibi ? La région autonome du Kurdistan Irakien sert de sanctuaire aux terroristes du PKK qui ont, le mois dernier, « remis ça » : il faut les empêcher de continuer. D’autant plus que l’opinion publique ne laissera pas passer une quelconque faiblesse de ses dirigeants face à la bête noire Kurde.

Jouet  du chantage? L’Irak, donc.

Victimes ? D’abord les Américains, ensuite les Kurdes et les Arméniens, et enfin – si tout va mal – les Irakiens. 

Or la région Kurde est la seule région d’Irak stable (sans terroristes, sans attentat, et où les investissements affluent).

icpshnh59031107160734photo00.jpgEn menaçant d’entrer en Irak avec son armée et de massacrer du terroriste Kurde pour leur apprendre à ne plus prendre des soldats tucs en otages, la Turquie a menacé, en substance, de violer la souveraineté de l’Irak (je sais, je sais, elle existe pas) au risque d’affaiblir l’autorité du gouvernement fantoche de Bagdad qui, si elle avait été à la tête d’un pays indépendant, aurait aussitôt conclu à un acte de violation des frontières - pas si loin d’un casus belli.

Et de rendre la situation de l’occupant américain plus inextricable encore...


Ainsi, en massant ses troupes à la frontière irakienne, la Turquie a trouvé un moyen de mettre en balance ses conditions à elle. De quoi régler ses problèmes en menaçant dans le cas échéant d’en créer d’autres : une politique de terreur diplomatique assez prometteuse - ce n’est d'ailleurs peut-être pas la dernière utilisation du levier « j’enflamme l’Irak si… » - qui lui a permit de :

 

- bloquer le vote de la résolution arménienne au Congrès américain, puisque certains députés initialement pour on dit que le contexte ne se prêtait plus à une résolution qui aurait indirectement menacé des rapports avec la Turquie rendus indispensables  par la crise irakienne

- faire plier les terroristes du PKK qui ont libérés en signe d’apaisement les otages turcs

- affaiblir le président de l’Irak, Jalal Talabani, un Kurde qui ne se résout pas à livrer le PKK aux Turcs

- obtenir que l’Irak mène une politique plus répressive envers le PKK

- obtenir, enfin, que les services de renseignement américains, très au fait sur bien des choses, collaborent activement avec les services de renseignement turcs sur le cas PKK, histoire de capturer une liste de terroristes ou sympathisants qui se font de vieux os en Irak


Une bien mauvaise image d'une Turquie que l’Europe et les Etats-Unis voient pourtant comme "the" pays stabilisateur du Moyen-Orient!

En tout cas, on peut observer – avec un brin d’ironie – que le seul allié objectif des Etats-Unis, le seul voulant la stabilité de l'Irak, est l’Iran (parce qu’il est dans son intérêt que les chiites, majoritaires, prennent le pouvoir à Bagdad).

 
L’ironie fait décidément mal les choses…

 

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