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AGENDA

AVRIL 2008

2 avril:
Philadelphie - discours de Barack Obama devant la puissante confédération AFL-CIO

2-3 avril:
Sommet de l'OTAN à Budapest, Roumanie, consacré notamment à l'Afghanistan, au Kosovo, aux relations avec la Russie, le projet américain de système anti-missile

3 avril:
La Haye - verdict du TPIY dans le procès de l'ancien 1er ministre kosovar Ramush Haradinaj et de 2 anciens combattants de l'UÇK pour crimes de guerre et contre l'humanité

4 avril:
40ème anniversaire de la mort de Martin Luther King
Zagreb: visite en Croatie du président américain George W. Bush (jusqu'au 5)

5 avril:
Saint-Pétersbourg: sommet de l'opposition russe en vue de se coaliser
Tokyo: réunion des ministres de l'Environnement du G8 (jusqu'au 6)

6 avril:
Londres: manifestations prévues à l'occasion du passage de la flamme olympique- Sotchi
Russie: George W. Bush et Vladimir Poutine discutent du projet américain de défense anti-missile


9 avril: Elections légilatives en Corée du Sud
Lancement
de Chandrayaan-1, 1ère sonde spatiale indienne, vers la Lune, depuis le centre spatial de Satish Dhawan, (nord de Madras)

13 avril: Elections municipales et communales du Bénin

13 et 14 avril: Elections générales en Italie (Berlusconi vs. Veltroni)

15-20 avril
:
Visite du pape Benoît XVI aux Etats-Unis, avec notamment un discours à la tribune des Nations unies et une visite de Ground Zero

20 avril: éléctions présidentielles et législatives au Paraguay
7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 16:11

 

TIBET : faites vos jeux, rien ne va plus…
 

Par le biais des JO, la question du Tibet est revenue sur le devant de la scène et tente de se ménager une place dans les relations sino-occidentales.  L’occasion pour nous de disséquer, pendant une semaine, les différents angles de la question tibétaine et de se faire une opinion – au-delà des antagonismes et faux semblants médiatiques.
- Après
une première partie introductive, la deuxième partie : Dépasser les antagonismes traite du hold-up médiatique de la question du Tibet par les JO.
- La troisième partie : Comprendre… s’attache à expliquer le contexte régional du Tibet dans la Chine d’aujourd’hui
- La
quatrième partie : … Et réagir détaille les enjeux diplomatiques à relever en occident afin der parvenir à un déblocage (un règlement ?) de la question tibétaine

 

« Free Tibet » ... depuis 6-7 ans maintenant, ce petit autocollant aux couleurs du Tibet - savamment coincé entre une photo d’Erevan, un calendrier dépassé, un tract de spectacle déchiré et un morceau d’article – s’écornait, invisible, contre un mur de ma chambre.
Un petit autocollant qui avait depuis si bien su se faire oublier qu’aussi loin que je me souvienne je ne m’y étais plus jamais arrêté; mon regard s’étant accoutumé à un décor qu’il ne remarquait plus.
Un petit autocollant accommodant qui avait dû me donner, à 16 ans, le sentiment exaltant de m’associer à une cause juste ou – que sais-je ? - de me soucier du Monde - ce qui, à bien y réfléchir, se révéla tout bêtement faux puisqu’apparemment même mon mur s’en était depuis plus soucié que moi

Si bien qu’il fallut des dizaines de morts et une bronca internationale pour qu’enfin, il y a quelques semaines de ça, je le remarque enfin… Un peu trop tard peut-être, puisqu’il ne me disait plus rien

Car aujourd’hui, alors que tout le monde tourne autour de la flamme olympique en se demandant d’un air pénétré s’il préférerait l’éteindre ou la protéger (question ô combien dérisoire dictée par l’impérieuse soif de symbolique médiatique) hé bien moi je ne sais plus où me mettre !

 


Depuis que la question tibétaine s’est réactivée – et jusqu’à la minute où je vous écris – je n’ai pas été foutu de me situer correctement dans le débat qui court entre ceux qui tiennent encore à mon autocollant et ceux qui les pourchassent. Entre l’Arménien pour qui « le droit à l’autodétermination des peuples » est un principe sacré et le citoyen qui réfléchit avant de s’engager (mouais). Entre le digne indigné et l’indigne digne.

Plus j'y pensais, d'ailleurs, plus je me demandais (aidé en cela par un autocollant qui, d’invisible, s’était fait si envahissant que je me heurtais à lui chaque fois que l’actualité me le rappelait) si ce putain de « Free Tibet ! » aurait un jour raison du Monde. Si on pouvait y croire. Si, dans un proche avenir, cette utopie attrape-cœur aurait son nom enserré d’une frontière en trait plein sur les cartes d’écolier.

Bref, s’il promettait encore quelque chose ou s’il sonnait dans le vide…

Car enfin, j'avais beau retourner la question dans tous les sens, j'en arrivais toujours au même constat. Un constat amer mais réaliste posé au milieu du fatras diplomatique comme seule certitude valable et qui disait que s’il fallait retenir une seule chose de tout ça - une chose certaine, claire, définitive – c’est que jamais le pays ne pourrait devenir indépendant.

Restait alors le peuple…

 

Dépasser les antagonismes


Où est le débat ?

Qu’on se le dise : "aujourd’hui, il faut être pour ou contre le Tibet"

En trois petites semaines, l’étouffoir des médias, binaire, a fini par rattraper la réalité ; ne laissant entre les deux options que l’espace d’un souffle d’où seuls les puissants émergent – le dalaï-lama lui-même s’étant perdu derrière le bruit sourd des médias.

Comment dès lors se risquer à émettre une opinion lorsque les deux seules options recevables sont l’hypocrisie (car, encore une fois, le Tibet indépendant est une chimère) et la complicité?

 

Où est le sujet ?

Mais il y a pire : en faisant de l’amorce médiatique (les JO) le véritable enjeu de la question tibétaine, les médias ont occulté cette dernière, remplaçant la question débilisante mais légitime « Pour ou contre le Tibet » par celle, accessoire et inepte, de « Pour ou contre… le boycott des JO », et poussant même le vice jusqu’à décliner le terrible dilemme à l’infini en sous-questions dérivées comme « Pour/contre le boycott de l’ouverture », « Pour/contre le port d’un bandeau et/ou d’un pin’s qui dirait ceci et/ou cela sans dire ceci et/ou cela », etc.

Ainsi, voilà que, non contents de le siphonner de sa substance, les médias (avec l’appoint complice d’appareils d’Etat plus enclins à se prononcer sur le dérisoire que sur le déterminant) détournent un sujet qui se mêlait de vies, de morts, de liberté et de droits de l’Homme pour le dissimuler derrière le cache sexe le plus flamboyant et le plus dérisoire qui soit : les plus grands jeux du monde…

 

Où est la réalité ?

Des images…

Occidentales  : le 14 mars, les émeutes au Tibet furent réprimées dans le sang par les chinois. Voilà la grille de lecture (correspondant à la réalité) qu’utilisa alors la machine médiatique occidentale. Mais, très vite, les images ne correspondaient plus à la réalité : la pénurie d’enregistrements du drame dû à l’efficace black out chinois sur le Tibet ne permettant plus de répondre aux besoins d’une actualité rendue incontournable par les JO (qui avaient alors le seul rôle – salutaire  – de révélateurs d’actualité), les médias se permirent de choisir des images captées ailleurs qu’à Lhassa (celles des manifestations de soutien réprimées au Népal, par exemple), tout en les faisant passer pour d’authentique images repêchées au Tibet, se permettant ainsi d’en détourner le sens…

 

 

Chinoises : en Chine, où la télévision d’Etat et ses chaînes satellites ont déjà un temps d’avance dans la désinformation et la dénonciation de "la clique du dalaï-lama ", usant depuis très longtemps d'un vocable anti-tibétain nationaliste éprouvé qui a fini par les faire passer auprès des Chinois pour un peuple frustre, violent et fourbe, la surenchère médiatique a été nourrie des  "faux pas " et  "mensonges" occidentaux, montant en épingle une théorie du complot occidental selon laquelle  "les émeutiers étaient téléguidés par l’occident afin de déstabiliser la Chine et faire capoter les jeux".

... A la réalité

 

Tout commence le 10 mars, date anniversaire de la fuite du dalaï-lama de Lhassa en 1959 (suite aux persécutions du régime de Mao lors de la révolution culturelle). Des manifestations silencieuses se sont formées à la sortie des temples. Quelques arrestations  et un dispositif policier renforcé ne découragent pas les manifestants qui, le lendemain, se font matraquer… Pour revenir plus nombreux encore : la police, omniprésente, s'installe alors dans la vieille ville, jusque dans le saint des saints, le centre religieux de Johkang,  montant la garde, assis autour de tables espacées de 10-15 mètres chacune, au travers du circuit de prière. Les religieux, eux, y sont assignés à domicile.

Le 14 mars, donc, les militaires entrent enfin dans le quartier tibétain : attaqués par la police, le sit-in des moines est alors rejoint par des badauds furieux qui déclenchent l’émeute.

Un véhicule militaire est brûlé, tous les bâtiments officiels chinois ainsi qu’une mosquée sont pris d’assaut. L’émeute prend alors un tour racial lorsque la foule tibétaine, amère, lynche les chinois Han (équivalent des chinois, dont ils représentent 90% de la population) et Hui (musulmans chinois) qu’elle croise sur son chemin et brûle les échoppes non tibétaines (les autres étant marquées d’une écharpe blanche).

 

Des "violences ethniques", commentera James Miles (de The Economist), seul journaliste sur place pendant les faits. De 20 à 100 morts plus tard, la répression s’abat sur la ville bouclée (les touristes et les journalistes ayant été jetés hors des frontières) : près de 550 arrestations (rimant avec tortures), alors que la révolte se propage dans la région autonome et au-delà (au Népal et en Inde notamment – où se trouve Dharamasala, capitale des tibétains en exil).

Voilà la réalité : passées sous silence par les médias occidentaux, les violences ethniques ont été les seules images reprises (à satiété) par les médias chinois. Des relectures opposées qui ont empêchés le juste débat sur la situation actuelle du Tibet, tant l’antagonisme de vue entre la Chine et l’Occident (accusé par les chionois d’avoir eu la haute main sur les révoltes), a été vif. Pour ensuite être éclipsé par les polémiques dérisoires de la flamme olympique.


Comprendre…

 

La détresse d’un peuple

 

Si je vous disais que les Tibétains sont sûrement en passe de devenir le peuple le plus haï au monde, me croiriez-vous ? C’est pourtant à peu de chose près vrai, puisque bien que le monde entier se penche sur le calvaire tibétain, les chinois les haïssent. Représentés comme un peuple frustre, violent, attardé et barbare par les médias chinois, les tibétains sont les victimes d’une campagne nationaliste de dénigrement de la part d’un pays communiste qui pourtant aime à mettre en avant sa capacité à unir les différents peuples, allant jusqu’à ériger l’antilope du Tibet comme une des cinq mascottes de JO.

 

Une politique de l’image, certes, mais aussi de la pratique, puisque s’il fallait résumer la ligne du régime chinois, elle tiendrait en quelques mots : mater le Tibet. Mais comment ?

 

- d’abord en dilapidant sa culture et son Histoire :

 

Le Potala, ex-résidence du Dalaï-lama, n’est plus un lieu de prières mais un musée.

Les vieux quartiers sont détruits petit à petit, et remplacés par une ville moderne et tentaculaire à la communiste qui la distingue de moins en moins des autres villes chinoises.

La hiérarchie religieuse, en partie exilée à l’étranger, a été remplacée par une hiérarchie parallèle nommée par le pouvoir chinois : le signe le plus brutal de ce sabotage spirituel est la disparition du Panchen-lama (n°2 de l’école Gelugpa, après le Dalaï-lama) après sa désignation par le dalaï-lama en 1995 : un garçon de 6 ans, fils de nomades pauvres, emprisonné à vie dans les geôles de Pékin… Et remplacé par un Panchen-Lama nommé par l'Etat.

Les moines, eux, sont embarqués régulièrement dans des campagnes d’ « éducation patriotique » où on les oblige à dénoncer le dalaï-lama et à faire montre de patriotisme chinois en reniant leur peuple.

 

- puis en remodelant le Tibet à leur image :

 

Le Tibet est un pays riche. Riche de subventions chinoises, qui injectent des sommes faramineuses afin de financer des routes, des infrastructures touristiques, fixer des fonctions publiques qui, en désenclavant la région, la rendraient plus accessibles à la détibétisation et au contrôle de Pékin. Le chemin de fer Qinghai-Tibet (le plus haut du monde), inauguré en grande pompe en 2006, en est devenu le symbole.

Dans les campagnes, où se trouve la grande majorité de la population tibétaine, les nomades sont expulsés de force de leur milieu naturel sous prétexte de protéger les cours des grands fleuves, faisant d’eux des réfugiés écologiques qui participent à l’exode rural et viennent grossir les couches sociales les plus pauvres en ville.

 

- mais surtout  en submergeant démographiquement les tibétains :

 

Depuis la dernière émeute, en 1989, une vaste campagne de peuplement du Tibet par l’ethnie Hun (=l’ethnie peuplant 90% de la Chine) est mise en œuvre afin de noyer les tibétains sur leurs terres. Les villes, ou une minorité citadine et éduquée de tibétains vivait jusqu’alors, est aujourd’hui repeuplé par des chinois qui, en butte au chômage, viennent tenter leur chance dans un nouveau far-west en pleine mutation : les fonctionnaires qui choisissent de vivre au Tibet ont droit à des avantages (tickets de train gratuits, facilités d’installation, etc.) ainsi qu’à un salaire doublé voire triplé, renforçant du même coup l’hostilité entre les nouveaux venus, privilégiés, et les autochtones, exilés sur leur propre terre.

 

Pour se rendre compte de l'importance qu'a le Tibet aux yeux des chinois, il faut savoir que le président actuel de la Chine, Hu Jintao, a été gouverneur du Tibet lors des dernières émeutes de 1989 : prenant la tête d’une répression particulièrement sanglante, il en a gardé un surnom : le « boucher de Lhassa». Son successeur, Zhang Qingli, nommé en 2005, a lui déclaré dès sa prise de fonction que « les montagnes et les fleuves du Tibet rester[aient] rouges». Rouges de communisme et de sang.

 

Les enjeux d’un pays

 

La Chine ne serait plus la Chine sans le Tibet : cette région stratégique, clé de voûte de sa cohésion territoriale et terre de ressources naturelles primordiales, agrège malgré elle une Chine multinationale et éclatée que seule la centralisation brutale qu’est le communisme est parvenue à souder en pays.

Le Tibet historique est immense : représentant un quart du territoire chinois, il représente plus de 6 fois la France et abriterait 5 millions de Tibétains (à ajouter aux 3 millions qui vivent dans les régions chinoises frontalières du Tibet administratif).

 

Il recèle la deuxième biomasse forestière de Chine (en proie au déboisement massif), et regorge de ressources minérales : les plus grands gisements de cuivre et de chrome de Chine, les plus grandes réserves du monde en borax, uranium et lithium, mais aussi du fer, de l’or, de l’argent, du plomb, du zinc, du cobalt…

 

Plus que tout le reste, la ressource la plus précieuse du Tibet est l’eau : « château d’eau de l’Asie», le pays abrite les sources des grands fleuves du plateau indien et chinois qui se rejoignent au pied de l’Himalaya : le Yangzi, l’Huang He, le Mékong, l’Indus, le Gange, le Brahmapoutre, Salouen, Irrawaddy et Sutlej y naissent. La Chine estime ainsi que le Tibet abriterait 30% de ses ressources hydrauliques (alors que dans le même temps le nord de la Chine manque cruellement d’eau).

 

Sa position stratégique, elle, ne se résume pas à la "seule" richesse de ses ressources naturelles. Le Tibet est aussi le carrefour de routes énergétiques importantes acheminant le pétrole et le gaz naturel de la Mer Caspienne. Elle représente en outre une frontière stratégique avec l’Inde (avec qui des désaccords frontaliers demeurent sous le boisseau), mais aussi la Birmanie, le Bouthan, le Népal et le Pakistan.

 

 

… Et réagir

 

Pour en finir avec les jeux

Comment dès lors se débarrasser des JO ? En le délestant de toutes les conditions (boycott, etc.) qu’on essaie de lui accoler depuis quelques mois : en plus de clarifier le débat en déniant aux JO la place (désormais centrale) qu’elles occupent dans le cadre de questions aussi graves que les droits de l’Homme en Chine et le martyre du Tibet, ce (non-)geste reviendrait à rendre les JO au peuple chinois, spécifiant qu’il ne doit en rien être pris en otage par le pouvoir chinois.

 


Ainsi, pourquoi n’entend-t-on pas plutôt les chefs d’Etats s’insurger contre la présence parasite des gardes-chiourmes chinois sur le trajet de la flamme et contre la délirante décision des médias chinois de diffuser les JO en léger différé (après toilettage des séquences gênantes) ?

Voilà des questions qui font des JO un enjeu de liberté d’expression : la liberté d’expression des JO, justement !!!

Le Japon, par exemple, a fait de l’absence des chaperons chinois une affaire de souveraineté nationale et une condition sine qua non du passage de la flamme sur son sol, obligeant la Chine à les soustraire du dispositif habituel.

Pourquoi ne pas plutôt, de notre côté, conditionner notre présence aux JO à la remise "en direct" de sa diffusion prochaine, arguant du fait que les français ont le droit de ne pas avoir à subir la censure chinoise – ce qui nous serait aisément concédé ? En prenant la question des JO par le bon bout – le nôtre – nous ne pouvons qu’obtenir satisfaction et du même coup montrer notre intérêt pour les JO !

 

Du reste, le passage de la flamme aurait dû être vu sous le même angle franco-français : lorsque la flamme est passé en France, le droit de manifester (que ce soit pour le Tibet, les dissidents ou la liberté d’expression) mais aussi le droit d’avoir un passage de flamme sans problème – eu égard aux sportifs français d’abord, aux peuples chinois et français ensuite – auraient dû être considérés comme deux impératifs dont la garantie ( et la responsabilité) de bon déroulement aurait dû revenir au seul Etat français. Dès lors, les appels et tentatives d’approcher la flamme et les sportifs auraient été empêchés dans l’intérêt de la France (et non de la Chine), et de nombreux espaces auraient été ménagés pour les manifestations politiques organisées en marge – tout en contraignant les insolents gardes-flammes chinois au chômage diplomatique.

 

 

Pour avoir une diplomatie responsable et souveraine

 

 

Où est en définitive la place du Tibet e(t des droits de l’Homme en Chine) dans la diplomatie occidentale? Conditionnée par la caisse de résonnance JO, elle est tributaire de l’écho médiatique de l’évènement sportif et par conséquent condamnée à replonger dans l’oubli après ceux-ci.

Une diplomatie responsable saurait, elle :

1 – Découpler les JO du reste des "questions chinoises" avec précision sans pour autant renier le rôle des JO comme révélateur de bon aloi

2 – Ordonner ces questions selon leurs importances respectives : les JO étant un problème ponctuel pour lequel  il s’agit de réagir vite et bien à une série de défis diplomatiques pratiques, alors que le Tibet et les droits de l’Homme exigent une position claire et pensée pour le long terme

3 – Ne pas restreindre la diplomatie de notre pays envers un autre pays à la seule question des droits de l’Homme serait la moindre des choses ; tout en érigeant ces derniers comme un principe inaltérable de notre diplomatie. On peut ainsi méditer sur l’exemple irréprochable d’Angela Merkel qui a invité et rencontré le dalaï-lama sans craindre l’indignation de la Chine ni lui demander son avis… Tout en commerçant avec elle ; et sans pour autant se prendre pour une succursale de l’ONU (contrairement au Congrès américain qui vote des exigences sous forme de résolutions rédigées dans un ton professoral qui lui sied décidément très mal en ce moment).

 

 

Pour dialoguer avec les tibétains 

Que peut concrètement faire la diplomatie française dans le cas particulier du Tibet ?
Il s’agit avant tout de rechercher l’interlocuteur idéal de part et d’autre
 :

- dans le camp chinois, il n’existe pas. A part dénoncer « le dalaï-lama et sa clique », les accuser de désirer une « indépendance » qu’ils ne demandent plus depuis 30 ans, le pouvoir chinois ne fait rien pour amorcer un dialogue. Les derniers contacts avec les émissaires du gouvernement en exil ont été présentés officiellement comme non-existants, les émissaires ayant été réduits au rang de touristes venus visiter leur pays d’origine.

 

- du côté tibétain, l’interlocuteur principal est le dalaï-lama – parce qu’il est le seul que les chinois tolèrent  un tant soit peu - contrairement aux apparences.

En privilégiant cet interlocuteur plutôt qu’un autre, les occidentaux jouent le jeu de la montre chinoise : le dalaï-lama n’étant pas éternel, sa mort signifierait la disparition du Tibet de l’écran-radar diplomatique, d’autant plus que la Chine, elle, n’attend que ça pour nommer un dalaï-lama parallèle à sa botte (et compléter ainsi sa collection "fausse hiérarchie religieuse du Tibet") face au probable successeur légitime qu’entend désigner le dalaï-lama actuel de son vivant – un acte qui serait alors sans précédent historique connu.

La place exclusive octroyée au dalaï-lama par l’occident (dû principalement à son formidable aura médiatique) pose en outre un autre problème tout aussi préoccupant que son âge – et qui promet aussi d’être - à terme - à l’avantage de la Chine : en prenant une autorité spirituelle plutôt que politique pour négocier la destinée d’un peuple, l’occident dénie à ce peuple toute forme d’existence politique – acte irresponsable et lourd de conséquences alors qu’il existe un gouvernement tibétain en exil ! Un gouvernement qui est d’ailleurs sur exactement la même ligne que le dalaï-lama : ce qui ne changerait donc pas les données des négociations, mais juste l’interlocuteur désigné pour les défendre.

Ainsi, que ce soit l’un ou l’autre, la position tibétaine reste la même : la fameuse "voie du milieu" qui ne demande pas l’indépendance, ne demande pas le boycott des JO, mais demande simplement une traduction dans les faits du statut d’autonomie du Tibet (comme définie dans la constitution maoïste). Et l’arrêt des répressions culturelle, policière, etc.

 
La France n’a bien entendu pas à prendre position pour tel ou tel  règlement au Tibet, il doit juste pousser les Chinois à s’asseoir autour d’une même table que les tibétains, dans le cadre d’une aide aux négociations internationale aux modalités soigneusement décidées avec les chinois. Des négociations Chine/dalaï-lama ; voire –ce serait encore mieux- Chine/gouvernement en exil. Et tout cela sans évidemment mettre directement en balance les JO comme moyen de pression…

 

D’autant plus que la marge de manœuvre de cette "voie du milieu" pourrait se restreindre sous peu côté tibétain : la nouvelle génération n’obéit déjà plus à la ligne officielle de modération et commence à se radicaliser, prônant une indépendance plutôt qu’une autonomie, et des méthodes de manifestation plus violentes (à l’image de celles qui ont discrédité la révolte tibétaine du 10 mars) plutôt que celles, pacifiques, qui prévalaient jusque là sous le patronage bienveillant du dalaï-lama.

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commentaires

M
je te donnes l'agence de presse de propagande de la Chine: tu y trouveras les qualifications du dalai-lama (monstre à visage humain, menteur, etc.), et les hauts cris à chaque rencontre d'un tibétain (même subalterne) avec un député ou autre occidental. Tu trouvera aussi les déclaration d'hier du ministre chinois qui réaffirme qu'il ne négociera jamais avec "le dalai-lama et sa clique" (c'est la formule officielle utilisée par les journaux). Tu verras aussi, à la fin de chaque tombereaux d'injures, la phrase "mais nous sommes tout ouvert à discuter, c'est le dalai-lama qui ne le veut pas et qui exige l'indépendance" (en gros, j'exagère pas je résume)... no comment donc (sachant que le dalai-lama demande à être reçu, applaudit les jo, et renie l'indépendance depuis 20 ans...)http://www.french.xinhuanet.com/french/index.htm
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J
tu dis :
"Il s’agit avant tout de rechercher l’interlocuteur idéal de part et d’autre :
- dans le camp chinois, il n’existe pas. A part dénoncer « le dalaï-lama et sa clique », les accuser de désirer une « indépendance » qu’ils ne demandent plus depuis 30 ans, le pouvoir chinois ne fait rien pour amorcer un dialogue. Les derniers contacts avec les émissaires du gouvernement en exil ont été présentés officiellement comme non-existants, les émissaires ayant été réduits au rang de touristes venus visiter leur pays d’origine." En gros, que les Chinois ne veulent pas parler avec les Tibétain.D'ou tiens tu cette information?Bien à toi,JBPs : pleins de nouveaux articles sur www.alexanian.fr 
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J
Vous pourrez trouver sur www.alexanian.fr un article sur ce même sujet, précisément, sur la désinformations par les états-unis et la Chine... 
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