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AGENDA

AVRIL 2008

2 avril:
Philadelphie - discours de Barack Obama devant la puissante confédération AFL-CIO

2-3 avril:
Sommet de l'OTAN à Budapest, Roumanie, consacré notamment à l'Afghanistan, au Kosovo, aux relations avec la Russie, le projet américain de système anti-missile

3 avril:
La Haye - verdict du TPIY dans le procès de l'ancien 1er ministre kosovar Ramush Haradinaj et de 2 anciens combattants de l'UÇK pour crimes de guerre et contre l'humanité

4 avril:
40ème anniversaire de la mort de Martin Luther King
Zagreb: visite en Croatie du président américain George W. Bush (jusqu'au 5)

5 avril:
Saint-Pétersbourg: sommet de l'opposition russe en vue de se coaliser
Tokyo: réunion des ministres de l'Environnement du G8 (jusqu'au 6)

6 avril:
Londres: manifestations prévues à l'occasion du passage de la flamme olympique- Sotchi
Russie: George W. Bush et Vladimir Poutine discutent du projet américain de défense anti-missile


9 avril: Elections légilatives en Corée du Sud
Lancement
de Chandrayaan-1, 1ère sonde spatiale indienne, vers la Lune, depuis le centre spatial de Satish Dhawan, (nord de Madras)

13 avril: Elections municipales et communales du Bénin

13 et 14 avril: Elections générales en Italie (Berlusconi vs. Veltroni)

15-20 avril
:
Visite du pape Benoît XVI aux Etats-Unis, avec notamment un discours à la tribune des Nations unies et une visite de Ground Zero

20 avril: éléctions présidentielles et législatives au Paraguay
26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 12:15

L’IRAN : un pays en sursis

 

 

Depuis les élections du 12 juin, le Monde entier a les yeux rivés sur la fissure creusée par un coup de force qui, craquelant du sommet jusqu’à la base le mur porteur des institutions de la république islamique d’Iran, a révélé le vide du pouvoir en place, mettant toute la société iranienne au pied de ce mur.

 


 

 

Un pays dans l’œil du cyclone occidental

 

L’Iran est un marronnier des chancelleries et autres départements d’Etat des puissances occidentales : usé jusqu’à la corde par leurs différentes guerres d’influences, ses régimes successifs ont été mis sur pied puis démis au gré des intérêts pétroliers britanniques puis américains ou français, quand ce n’était pas dans le sillage de jeux d’influences périphériques consécutifs à la seconde guerre mondiale ou à la guerre froide.

Ainsi, l’Iran a tour à tour été dirigé par un général devenu Shah par la grâce des britanniques, puis démis par les Alliés parce que trop pronazi au profit de son fils, avant d’être lâché lui-même par les américains lorsqu’il crut bon contester leur mainmise sur le pétrole iranien. Une révolution plus tard, alors que le Shah était déposé par son peuple, les Etats-Unis et la France ramenaient en grande pompe dans un Air France spécialement affrété l’Ayatollah Khomeyni - qui vivait jusqu’alors sa vie d’opposant au Shah en banlieue parisienne - afin de détourner le mouvement en cours de l’influence communiste au profit de celle, moins dangereuse, des religieux.

 

sur Mossadegh - http://www.monde-diplomatique.fr/mav/93/SALAMATIAN/15171Depuis, l’Iran - devenue République Islamique d’Iran - n’a eu de cesse de se positionner (de façon parfois spectaculaire) en opposant systématique des occidentaux. Ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être isolé ; isolement tout relatif compte tenu du gouffre d’instabilité perpétuel qu’est le Proche/Moyen Orient...

 

Lame de fond redoutable, l’Iran gagne ainsi, depuis quelques années, du terrain dans un Irak en friche où les chiites - majoritaires - ont repris la main suite à la croisade américaine. Il noyaute en prime le Liban en chaperonnant le Hezbollah (chiite, lui aussi), donnant à ce dernier les moyens de rester cet Etat-bis plus stable et mieux armé capable de se rendre incontournable dans un pays en perpétuelle crise institutionnelle.

 

En parallèle, l’élection surprise d’Ahmadinejad en 2005 a précipité une surenchère de provocations systématiques envers l’Occident ; avec, en guise de tête de pont, une haine délirante d’Israël (usant au besoin du négationnisme de la Shoah) et, pour moteur, la revendication - ancienne, populaire et légitime aux yeux des iraniens - du droit au nucléaire civil. Voilà donc cette tête d’iceberg iranien qui, scrutée par le bout de la lorgnette occidentale et tenue en joug par Israël, a caricaturé l’image d’un pays en l’assimilant à un seul homme, hirsute, mal fagoté et vindicatif: Mahmoud Ahmadinejad.

 

12 juin 2009 : "Printemps de Téhéran" et/ou Coup d’Etat paramilitaire ?

 

Mahmoud Ahmadinejad est issu des Gardiens de la Révolution de l’Iran (GRI), un groupe paramilitaire qui, façonné par la guerre Iran-Irak et les campagnes de massacre d’opposants qui suivirent, deviendra par la suite le bras armé de l’aile droite du régime.

Pendant son premier mandat, il n’a eu de cesse de placer des hommes des GRI dans les arcanes du pouvoir, leur octroyant des postes politiques (ministres, gouverneurs, généraux, maires) ainsi que près de 10 milliards de dollars de contrats (pétroliers ou autres).

Le pouvoir, lui, a laissé faire, voyant en Ahmadinejad l’antidote du moment à toute reproduction d’une surprise des urnes du type de celle qui avait placé le réformateur Khatami à la présidence de 1997 à 2005. Le "pouvoir" n’étant autre que le Guide suprême Khamenei, arbitre et garant de la République islamique selon son principe fondateur, le velāyat-e faqih (tutelle juridique du religieux sur le politique). 

 

Venons-en à présent aux faits récents; en commençant par un constat : ce qui s’est passé le 12 juin 2009 et les jours qui suivirent est encore sujet à controverses. Gageons que le tamis de l’Histoire fera proprement son œuvre et arrêtons-nous sur ce qui a été démontré : suite à une campagne électorale étonnamment libre et bien relayée par les médias, les quatre candidats autorisés par le régime se soumettaient le 12 juin au verdict des urnes. Parmi eux, un ancien premier ministre conservateur retiré de la vie politique depuis 20 ans (qui avait en son temps initié le programme nucléaire et mené des campagnes d’assassinat d’opposants), Mir Hossein Moussavi, faisait figure d’opposant au président sortant, fédérant sous son panache vert la plupart des réformateurs et des pragmatiques/centristes du régime (dont le richissime Rafsandjani, ex-président de la république et affairiste notoire, opposant officieux de Khamenei, devenu second personnage de l’Etat en tant que président de l’Assemblée des Experts, organe de désignation du Guide suprême).

Le soir du 12 juin, Moussavi reçoit l’assurance – de fonctionnaires du ministère de l’intérieur qu’on a par la suite réduits au silence - qu’il a gagné les élections dès le premier tour. Il se fend alors d’une déclaration de circonstance, immédiatement contredite par voie officielle, qui annonce à la va-vite la victoire d’Ahmadinejad. Les résultats ont entretemps été grossièrement falsifiés (ceux communiqués étant mathématiquement impossibles) par les GRI.

Qui a gagné dans les urnes? Nul ne le sait vraiment. Mais la rue, bernée, gronde. Dans les villes, ce sont les jeunes, les classes aisées et les minorités qui formeront le gros des manifestations, monstres, rassemblés sous la couleur verte d’un Moussavi emporté presque malgré lui dans un mouvement qui le dépasse quelques peu. Ceux-là mêmes qui, par leur abstention, avaient laissé passer Ahmady en 2005. Rapidement réprimés, censurés, coupés du monde par les brouillages des portables, des chaînes satellitaires, d’internet, ils laissent des morts sur le pavé, sont arrêtés par cars entiers, et leur flot se tarit sous le goulot des GRI, à qui on a ordonné de faire régner l’ordre coûte que coûte.

 

Au sommet du pouvoir, c’est une autre lutte qui se joue. Khamenei, en disant implicitement qu’il soutenait le président sortant avant même le vote, a brisé son trône d’arbitre. Il récidive, invective les opposants, qualifie cyniquement la victoire obligatoire d’Ahmedinejad de « miracle ». Le Guide suprême n’en est alors plus un. La tête de l’Etat s’en trouve par conséquent discréditée. C’est un véritable Coup d’Etat interne qu’il vient d’autoriser, enlevant toute légitimité au verdict des urnes (quel qu’il soit). Et effaçant, dans les faits, le mot République  du fronton de la République islamique d’Iran.

 

Qui est gagnant ?

 

Sur le plan intérieur, chacun compte ses points. Les réformateurs se félicitent d’avoir ouvert une brèche. Moussavi s’accroche à son rôle d’opposant, rejoint bientôt par quelques grands Ayatollah opposés à Khamenei et soucieux de préserver le velāyat-e faqih (un de ses théoriciens, l’Ayatollah Montazeri, est de ceux-là). Rafsandjani, lui, est au cœur de la lutte du pouvoir ; et il joue gros face au Guide.

Khamenei, justement, croit sûrement avoir sauvé sa place en consolidant le pouvoir conservateur. On le sait malade : veut-il verrouiller le pouvoir en le donnant, au prix du discrédit de l’Etat de droit islamique, à la nouvelle droite d’Ahmadinejad?

Comment considère-t-il Ahmadinedjad : comme un pion ? ou comme un champion de sa cause ?

En tout cas, s’il y a bien une chose certaine, c’est bien la victoire d’Ahmadinejad : plus que jamais ostracisé, isolé, diabolisé, il peut enfin jouer pleinement le rôle du méchant antioccidental. Obama lui-même, qui n’a pas une seule fois soutenu expressément ses opposants de peur de nourrir la bête et de condamner les manifestants au traitement qu’on réserve aux traîtres vendus à l’occident, semble pour le moment impuissant : ses offres de négociations ne trouveront plus preneur !

Ahmadinejad est, de plus, soutenu par un pouvoir qu’il ne cautionne pas totalement. Il doit ainsi moins son ascension à Khamenei qu’à un autre religieux, l’Ayatollah Mesbah, son mentor. L’enchaînement des évènements récents donne en effet bizarrement raison à cet Ayatollah qui a coutume de dire que « peu importe ce que les gens pensent, ils sont ignorants » : rejetant toute élection, s’opposant au dogme constitutionnel du velāyat-e faqih et appelant de ses vœux un Guide suprême non pas élu, arbitre et garant, mais de droit divin et au pouvoir absolu.

 

Sur le plan extérieur, le seul grand gagnant est Israël. Un Iran présentable ne lui aurait pas servi autant que celui que lui offre Ahmadinejad. Or Israël (qui est de longue date une puissance nucléaire) a besoin de jouer des menaces extérieures pour attirer à ses côtés cet Occident qui l’a si généreusement armé. Et qui, échaudé par les massacres répétés de palestiniens et l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, pourrait – au gré d’un infléchissement diplomatique initié par Obama – être moins conciliant à l’avenir.

Quant à l’Europe et aux Etats-Unis, dont les déchets diplomatiques irradient encore dans l’esprit des iraniens, ils se retrouvent – eux – pieds et poings liés par la méfiance physiologique qu’ils suscitent là-bas…

 

Un épisode en cours

 

Un constat, d’abord : le coup d’Etat des GRI au profit de leur champion a vidé, avec la bénédiction du Guide Suprême qui s’en trouve discrédité, la République islamique d’Iran de sa substance, reniant par là-même le célèbre précepte de Khomeiny qui disait que « la mesure [était] le vote du peuple ».

 

Le régime sonne dorénavant creux : il se sait en sursis. La brèche devra donc être :

- soit colmatée au plâtre d’une mollahcratie 

- soit détruite par un mouvement contestataire vertical comprenant des religieux dissidents, des politiques, des manifestants, des grévistes, etc.

- soit restaurée à l’état antérieur (au prix de l’amnésie de tout un peuple, ce qui nécessiterait une répression terrible –à la TienAnMen en guise de coup de massue)

 

 

Un scénario qui reste encore à écrire, certes, mais il y a fort à parier que - une fois n’est pas coutume - les seuls qui ne tiendront pas le stylo seront les iraniens eux-mêmes…

   

 

article publié dans le magazine Haïastan en juillet 2009

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Published by Sevan Minassian - dans Moyen-Orient
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 11:02

 

Cette missive est la dernière d’une série de billets - sur les évènements politiques internationaux –régulièrement publiés, près d’un an durant, sur ce blog.

En raison de mes études, je n’aurais plus la disponibilité nécessaire, lors des deux années qui viennent, de continuer l’entreprise de réflexion – personnelle – amorcée ici.

En espérant reprendre, plus tard, ces « affaires » là où nous les avons laissés aujourd’hui, je vous dis à bientôt ; en vous souhaitant de rester dans le souci constant du Monde, afin de ne pas le laisser à d’autre que nous !


P.S: un dernier mot sur l'actualité -

L'Empire occidental est mis à mal par la montée de puissances parallèles (la renaissance du déterminant russe - la Géorgie s'en est mordu les doigt, grand bien lui fasse -, mais surtout l'explosion de la Chine, à qui il ne manque que la composante politique d'une puissance déjà omnimondiale).

On a affaire à un monde que d'aucuns veulent appeler "néopolaire" (ce qui ne ne veut rien dire), alors qu'il pourrait devenir, à terme, "apolaire" (hantise des puissances occidentales, puisqu'il consacrerait l'échec de l'aventure "politique" européenne et viderait les structures héritées de la guerre froide, et en premier lieu l'OTAN, de toute leur substance). Dans un monde apolaire, il n'y a qu'un moyen d'exister: en marquant sa différence. A défaut de pouvoir s'exprimer en européen, il faudra que la France se repositionne non pas en bloc (occidental), mais en puissance régulatrice, évitant les alliances stratégiques d'ensemble pour se concentrer sur chaque cas où il faudra qu'elle donne de la voix, quitte à la donner un jour sur un même ton que la Russie, et un autre sur un même ton que les Etats-Unis. Ainsi, il ne saurait plus y avoir des intêrets communs en général, mais des intêrets communs particuliers (comprendre: au cas par cas).

Malheureusement, Sarkozy - qui voit le monde en couleurs primaires plutôt qu'en nuances - n'est pas l'homme qui opérera le repositionnement de la France dans le Monde, puisqu'il tente, au contraire, de la ramener sous le giron des vieux parapluies éculés que tente de brandir un bloc occidental en déclin.
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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 13:28

Après Kadhafi, Assad ?

 


ll y  a quelques mois de ça, Kadhafi (qui, aujourd’hui, torpille l’union de la méditerranée cher à Sarkozy[1]) était reçu en grande pompe par la France. L’apothéose symbolique de sa réhabilitation internationale - longuement négociée et durement acquise depuis 2003 suite à la signature du traité de non prolifération nucléaire et la libération d’infirmières bulgares (sans oublier le règlement de ses passifs terroristes).

Aujourd’hui, c’est Bachar El Assad, le président syrien, qui s’apprête à croiser le premier ministre israélien pendant une réunion autour du projet méditerranée et assister dans la foulée au défilé du 14 juillet.

Loin de moi l’idée de critiquer la stratégie du tapis rouge, crier au scandale, etc. L’important est ailleurs ; il est de savoir ce que ces gestes dénotent…

 

Et dans le cas de la Syrie, elle dénote beaucoup de choses : ce pays qui, il y a encore quelques années, était promis au même sort que l’Irak, n’est plus cité dans les fatwas américaines. Ayant finalement accepté le compromis qui a abouti à nommer le général maronite Michel Sleimane à la présidence du Liban, puis organisé la nouvelle trêve entre le Hamas et Israël, celle-ci s’apprête à discuter avec Israël – sous l’égide des turcs – au sujet du plateau du Golan.  Ses ambitions nucléaires ont de plus été stoppées par un raid israélien passé un peu trop inaperçu…

 

Le parallèle avec la Lybie est finalement assez troublant : deux dictateurs, issus de fractions minoritaires dans leurs pays respectifs, mais au pouvoir peu disputé, qui tentent de se réhabiliter sur le plan international en donnant les gages nécessaires à l’occident, cherchant ainsi à recevoir en retour la garantie durable qu’aucun des puissants du monde ne tentera de les déstabiliser…

 
Ou comment changer de visage dans l’imagerie bons/méchants de l’Occident bien pensant…



[1] http://www.afrik.com/article14510.html

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 12:23

ECOLOGIE

enjeu D’AVENIR contre besoins IMMEDIATS



La mondialisation a l’effet d’un battement d’ailes de papillon : alors que dans les années 30 le crash boursier de New York se bornait à saigner à blanc la classe moyenne étasunienne, aujourd’hui la crise des subprimes – crise pourtant propre aux seuls américains - se répercute à Paris, Tokyo ou Londres par places boursières interposées (elles-mêmes dépassées par le maillage interpénétré des différents marchés parallèles).

Actuellement, un autre facteur important – car plus généralement partagé – a supplanté les soucis de "faim dans le monde" qui tenaient, au siècle dernier, la dragée haute au pied du mur des lamentations des médias : l’écologie, devenu un autre souci planétaire d'autant mieux repercuté qu'il participe aussi à la mondialisation.
Une préoccupation qui englobe certes la faim dans le monde, mais qui la noie dans un paquet de soucis subalternes ressentis d’autant plus fortement en occident que les ventres pleins, n’ayant pas le souci immédiat de l’estomac, ressentent celui de l’avenir  – mais aussi celui plus immédiat de l’air qu’ils respirent, de l’eau qu’ils boivent et de la qualité de remplissage de leur estomac (un ton au-dessus, donc, du vulgaire soucis de "faim dans le monde")…


 

L’exemple des OGM

 

Passons donc sur la denrière partie de la phrase précédente en parlant rapidement de l’épineux problème OGM ( un "problème" qui n'est - malheureusement? - ressenti comme tel que dans les seuls pays riches) : chacun aime à avoir un avis là-dessus, exprimer une méfiance, suggérer une menace… Et ce tout un chacun a bien évidemment raison !
"Les OGM, on ne sait pas ce que ce sera plus tard" : en plus de la qualité de l’alimentation (l’uniformisation des denrées), il y a bien sûr la question du bouleversement des équilibres (chaînes alimentaires, impact sur la biodiversité), etc.

Mais il y a aussi, dans un même temps, la promesse d’une disparition des insecticides, engrais, et autres menaces déjà bien éprouvées par la bonne vieille et cruelle agriculture intensive. Celle, aussi, d’une agriculture moins avide en eau, donc de denrées alimentaires plus facile d’accès par les populations que le climat affame; ainsi qu’une nappe phréatique préservée alors que l’eau douce a tendance à se raréfier dangereusement, devenant  parfois même un enjeu géostratégique – les sources contrôlées à coup de barrages en Chine (alors qu’ils alimentent l’Inde, le Bangladesh, etc.) ou en Turquie ( rationnant l’Irak ou la Syrie) par exemple.

 Cette différence de positionnement  vis à vis des OGM ajoute une fracture entre les pays riches, qui privilégient le principe de précaution et se tournent vers l’avenir, et les pays peuplés ou en voie de développement, qui privilégient  le principe de survie en nourrissent plus sans produire plus grâce aux OGM.
Avec, dans le rôle d’arbitre pyromane, les Etats-Unis, chez qui le principe du profit fait pour le moment largement office de politique générale.
 

Il y a là deux philosophies qui s’affrontent, mais qui vont devoir être amenées à être complémentaires. Sans le besoin de survivre, il n’y aurait pas de désir de progrès. Sans le besoin de résister et de subsister, il n’y aurait pas de désir écologique. D’où l’effort consenti par les pays concernés (dont ne font pas encore partie les Etats-Unis) de trouver des terrains de consensus (conférences de Kyoto, Bali, etc.) entre l’Urgence et l’urgence (reste à savoir lequel prend la majuscule).

 

Les OGM, donc : comment les gérer, se pourrait-il qu'un jour nous les considérions - sans risquer de nous tromper - comme des bienfaits du progrès scientifique? Le principe de précaution doit faire école chez nous, puisque nous n’avons pas le souci de la faim. Elle doit régir le monde des recherches (cultures expérimentales exclusivement hors-sols, notamment) et prendre le contrepied de la fuite en avant d'un progrès privatisé derrière lequel se cache l'idée du profit à la Monsanto.

Mais sans hypothéquer le progrès humain. Car les OGM pourraient dans un proche avenir devenir un progrès humain; que les marionnettes médiatiques locales à la José Bové le veuillent bien ou non.
Le seront-elles pour autant sans risques? Rien n’est moins sûr.


 

Biocarburants

affamer les Hommes pour sauver la Planète

 

 

Venons-en à présent à un problème écologique qui promet de devenir dans quelques années un dilemme bien plus problématique que les OGM : le biocarburant[1].

Son intérêt ? Remplacer le pétrole. Réduire ainsi l’effet de serre. Et offrir la possibilité d’une énergie renouvelable (terme un peu imprécis voire erroné dans ce cas-là).

La mode des biocarburants date déjà de quelques années : en France, moins de 2 % du carburant utilisé est issu des biocarburants, certains bus ne roulant d'ailleurs qu’avec ça (se souvenir du fameux bus au colza très bobo-compatible de Bayrou).
Certains pays en voie de développement avancé, et en premier lieu le
Brésil de Lula, en ont fait une matière première d’exportation importante pour leur économie et comptent sur le "pétrole vert" pour prospérer (au détriment notamment du poumon de la planète, la forêt amazonienne, plus que jamais sollicitée en tant que terre cultivables potentielle).
 

Cette mode a, pour ne rien gâcher, du bon politiquement parlant : pour un pays comme la  France, qui a largement été traumatisé par l’effondrement de son secteur agricole pendant les mutations post-révolution industrielle et qui tient à son agriculture comme à un totem économique (suranné), pouvoir réduire sa dépendance énergétique en remplaçant un peu du pétrole qu’il n’a pas par un ersatz de pétrole qu’il a tout en valorisant un secteur agricole sinistré sous couvert d’onction écologique: c’est tout bénéf !

Une France qui, complètement exaltée, avait dès lors promis de ramener la part d’agro dans son carburant à 7% en 2010, histoire d’aller même au-delà des exigences européennes - 10% pour 2020 (ce qui ne lui ressemble pourtant pas).

 

La réalité a depuis montré le bout de son nez sale. Et elle se résume en une phrase : dans l’absolu, il n’y a pas d’énergie renouvelable. Prendre l’estomac et les poumons de la planète - les réserves alimentaires que sont les terres cultivables du tiers-monde et les réserves en oxygène que sont les forêts - pour en faire des champs de "pétrole vert" n’est en effet pas sans conséquence

Lesquelles ?  Il y a moins de terres arables, donc moins de production alimentaire. L’offre diminuant (sans pour autant faire baisser les besoins– bien au contraire), les prix des denrées alimentaires flambent. En Malaisie, par exemple, la production de l’huile de palme a brutalement effacé des forêts jusque là préservées. Au Mexique, la tortilla est de plus en plus chère alors que le maïs est exporté à un bon prix vers les USA afin de produire de l’éthanol : de quoi réduire la dépendance énergétique des USA et augmenter les profits des producteurs mexicains en affamant le mexicain moyen dont l’aliment de base finit dans les 4x4 américains. Et cela se répercute aussi sur le prix de la viande, puisque les céréales sont l’aliment de base des bovins…

 

Ce qui nous amène à l’actualité de ces derniers mois (médiatiquement quelques peu occultés par d’autres marottes occidentales) : les émeutes de la faim – à Haïti, Sénégal, Egypte, Côte d’Ivoire, Cameroun, etc.
Des manifestations causées par la hausse des prix des denrées alimentaires; elles-mêmes consécutives en partie au développement des biocarburants.

 

Aujourd’hui, donc, deux logiques s’affrontent. Les pays producteurs de biocarburant, avec à leur tête le Brésil, veulent continuer sur leur lancée, augmenter leur production et prospérer. De plus en plus de pays veulent d’ailleurs se joindre à eux – le dernier en date, le Ghana, a fièrement sauté le pas la semaine dernière. Derrière eux, il y a bien sûr les pays riches, qui espèrent bien profiter de l’extension du marché de l’énergie histoire d’être moins tributaires des pays de l’OPEP.

En face, enfin, il y a les pays du tiers-monde, qui vont payer le prix humain de la bonne conscience courte sur pattes des occidentaux en matière d’écologie…

 

La France, elle, commence timidement à réagir : le Grenelle de l’environnement a demandé un audit sur les biocarburants, douchant d’un coup la stratégie violemment incitatrice de la France : les estimations françaises prévoyaient, pour l’objectif des 7% de bio dans nos moteurs horizon 2010, l’utilisation de 302 millions d’hectares de plus (en jachère actuellement) et l’ouverture de 10 usines.  Le mois dernier, illustrant le violent volte-face français, Borloo a finalement annoncé une pause sur le développement programmé des biocarburants.

 

Malheureusement, ceux-ci sont devenus la manière la plus déculpabilisante et la plus simple, pour les pays comme le Canada ou les Etats-Unis, de diminuer leur taux d’émission de gaz à effet de serre [cf. photo illustrant le bioéthanol trouvée sur le site de Total]. Un paradoxe écologique d’un cynisme patenté qui les amène au mieux à réguler les conséquences écologiques du biocarburant sur leur territoire national sans regarder au désastre qu’ils occasionnent chez des producteurs étrangers largement sollicités.

 

Reste la nécessité de continuer les recherches sur le biocarburant, avec l’espoir que la troisième génération, basée sur les phytoplanctons et autres algues, soit plus sécure écologiquement parlant. Et en responsabilisant les pays riches (et pauvres, dans la mesure du possible) afin qu’ils ne tentent non pas de chercher des passe-droits et autres solutions de rechanges, mais repensent radicalement le mode de vie de leurs consommateurs de (bio)masse.



[1] Le biocarburant est produit à partir de matériaux organiques renouvelables et non-fossiles. Cette production peut se faire à partir d’un ensemble de techniques variées : production d’huile, d’alcool par fermentation alcoolique de sucres ou d’amidon hydrolysé, mais surtout des carburants gazeux obtenus à partir de biomasse végétale - ou animale (dihydrogène ou méthane), ou carburants solides comme le charbon de bois

 

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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 16:11

 

TIBET : faites vos jeux, rien ne va plus…
 

Par le biais des JO, la question du Tibet est revenue sur le devant de la scène et tente de se ménager une place dans les relations sino-occidentales.  L’occasion pour nous de disséquer, pendant une semaine, les différents angles de la question tibétaine et de se faire une opinion – au-delà des antagonismes et faux semblants médiatiques.
- Après
une première partie introductive, la deuxième partie : Dépasser les antagonismes traite du hold-up médiatique de la question du Tibet par les JO.
- La troisième partie : Comprendre… s’attache à expliquer le contexte régional du Tibet dans la Chine d’aujourd’hui
- La
quatrième partie : … Et réagir détaille les enjeux diplomatiques à relever en occident afin der parvenir à un déblocage (un règlement ?) de la question tibétaine

 

« Free Tibet » ... depuis 6-7 ans maintenant, ce petit autocollant aux couleurs du Tibet - savamment coincé entre une photo d’Erevan, un calendrier dépassé, un tract de spectacle déchiré et un morceau d’article – s’écornait, invisible, contre un mur de ma chambre.
Un petit autocollant qui avait depuis si bien su se faire oublier qu’aussi loin que je me souvienne je ne m’y étais plus jamais arrêté; mon regard s’étant accoutumé à un décor qu’il ne remarquait plus.
Un petit autocollant accommodant qui avait dû me donner, à 16 ans, le sentiment exaltant de m’associer à une cause juste ou – que sais-je ? - de me soucier du Monde - ce qui, à bien y réfléchir, se révéla tout bêtement faux puisqu’apparemment même mon mur s’en était depuis plus soucié que moi

Si bien qu’il fallut des dizaines de morts et une bronca internationale pour qu’enfin, il y a quelques semaines de ça, je le remarque enfin… Un peu trop tard peut-être, puisqu’il ne me disait plus rien

Car aujourd’hui, alors que tout le monde tourne autour de la flamme olympique en se demandant d’un air pénétré s’il préférerait l’éteindre ou la protéger (question ô combien dérisoire dictée par l’impérieuse soif de symbolique médiatique) hé bien moi je ne sais plus où me mettre !

 


Depuis que la question tibétaine s’est réactivée – et jusqu’à la minute où je vous écris – je n’ai pas été foutu de me situer correctement dans le débat qui court entre ceux qui tiennent encore à mon autocollant et ceux qui les pourchassent. Entre l’Arménien pour qui « le droit à l’autodétermination des peuples » est un principe sacré et le citoyen qui réfléchit avant de s’engager (mouais). Entre le digne indigné et l’indigne digne.

Plus j'y pensais, d'ailleurs, plus je me demandais (aidé en cela par un autocollant qui, d’invisible, s’était fait si envahissant que je me heurtais à lui chaque fois que l’actualité me le rappelait) si ce putain de « Free Tibet ! » aurait un jour raison du Monde. Si on pouvait y croire. Si, dans un proche avenir, cette utopie attrape-cœur aurait son nom enserré d’une frontière en trait plein sur les cartes d’écolier.

Bref, s’il promettait encore quelque chose ou s’il sonnait dans le vide…

Car enfin, j'avais beau retourner la question dans tous les sens, j'en arrivais toujours au même constat. Un constat amer mais réaliste posé au milieu du fatras diplomatique comme seule certitude valable et qui disait que s’il fallait retenir une seule chose de tout ça - une chose certaine, claire, définitive – c’est que jamais le pays ne pourrait devenir indépendant.

Restait alors le peuple…

 

Dépasser les antagonismes


Où est le débat ?

Qu’on se le dise : "aujourd’hui, il faut être pour ou contre le Tibet"

En trois petites semaines, l’étouffoir des médias, binaire, a fini par rattraper la réalité ; ne laissant entre les deux options que l’espace d’un souffle d’où seuls les puissants émergent – le dalaï-lama lui-même s’étant perdu derrière le bruit sourd des médias.

Comment dès lors se risquer à émettre une opinion lorsque les deux seules options recevables sont l’hypocrisie (car, encore une fois, le Tibet indépendant est une chimère) et la complicité?

 

Où est le sujet ?

Mais il y a pire : en faisant de l’amorce médiatique (les JO) le véritable enjeu de la question tibétaine, les médias ont occulté cette dernière, remplaçant la question débilisante mais légitime « Pour ou contre le Tibet » par celle, accessoire et inepte, de « Pour ou contre… le boycott des JO », et poussant même le vice jusqu’à décliner le terrible dilemme à l’infini en sous-questions dérivées comme « Pour/contre le boycott de l’ouverture », « Pour/contre le port d’un bandeau et/ou d’un pin’s qui dirait ceci et/ou cela sans dire ceci et/ou cela », etc.

Ainsi, voilà que, non contents de le siphonner de sa substance, les médias (avec l’appoint complice d’appareils d’Etat plus enclins à se prononcer sur le dérisoire que sur le déterminant) détournent un sujet qui se mêlait de vies, de morts, de liberté et de droits de l’Homme pour le dissimuler derrière le cache sexe le plus flamboyant et le plus dérisoire qui soit : les plus grands jeux du monde…

 

Où est la réalité ?

Des images…

Occidentales  : le 14 mars, les émeutes au Tibet furent réprimées dans le sang par les chinois. Voilà la grille de lecture (correspondant à la réalité) qu’utilisa alors la machine médiatique occidentale. Mais, très vite, les images ne correspondaient plus à la réalité : la pénurie d’enregistrements du drame dû à l’efficace black out chinois sur le Tibet ne permettant plus de répondre aux besoins d’une actualité rendue incontournable par les JO (qui avaient alors le seul rôle – salutaire  – de révélateurs d’actualité), les médias se permirent de choisir des images captées ailleurs qu’à Lhassa (celles des manifestations de soutien réprimées au Népal, par exemple), tout en les faisant passer pour d’authentique images repêchées au Tibet, se permettant ainsi d’en détourner le sens…

 

 

Chinoises : en Chine, où la télévision d’Etat et ses chaînes satellites ont déjà un temps d’avance dans la désinformation et la dénonciation de "la clique du dalaï-lama ", usant depuis très longtemps d'un vocable anti-tibétain nationaliste éprouvé qui a fini par les faire passer auprès des Chinois pour un peuple frustre, violent et fourbe, la surenchère médiatique a été nourrie des  "faux pas " et  "mensonges" occidentaux, montant en épingle une théorie du complot occidental selon laquelle  "les émeutiers étaient téléguidés par l’occident afin de déstabiliser la Chine et faire capoter les jeux".

... A la réalité

 

Tout commence le 10 mars, date anniversaire de la fuite du dalaï-lama de Lhassa en 1959 (suite aux persécutions du régime de Mao lors de la révolution culturelle). Des manifestations silencieuses se sont formées à la sortie des temples. Quelques arrestations  et un dispositif policier renforcé ne découragent pas les manifestants qui, le lendemain, se font matraquer… Pour revenir plus nombreux encore : la police, omniprésente, s'installe alors dans la vieille ville, jusque dans le saint des saints, le centre religieux de Johkang,  montant la garde, assis autour de tables espacées de 10-15 mètres chacune, au travers du circuit de prière. Les religieux, eux, y sont assignés à domicile.

Le 14 mars, donc, les militaires entrent enfin dans le quartier tibétain : attaqués par la police, le sit-in des moines est alors rejoint par des badauds furieux qui déclenchent l’émeute.

Un véhicule militaire est brûlé, tous les bâtiments officiels chinois ainsi qu’une mosquée sont pris d’assaut. L’émeute prend alors un tour racial lorsque la foule tibétaine, amère, lynche les chinois Han (équivalent des chinois, dont ils représentent 90% de la population) et Hui (musulmans chinois) qu’elle croise sur son chemin et brûle les échoppes non tibétaines (les autres étant marquées d’une écharpe blanche).

 

Des "violences ethniques", commentera James Miles (de The Economist), seul journaliste sur place pendant les faits. De 20 à 100 morts plus tard, la répression s’abat sur la ville bouclée (les touristes et les journalistes ayant été jetés hors des frontières) : près de 550 arrestations (rimant avec tortures), alors que la révolte se propage dans la région autonome et au-delà (au Népal et en Inde notamment – où se trouve Dharamasala, capitale des tibétains en exil).

Voilà la réalité : passées sous silence par les médias occidentaux, les violences ethniques ont été les seules images reprises (à satiété) par les médias chinois. Des relectures opposées qui ont empêchés le juste débat sur la situation actuelle du Tibet, tant l’antagonisme de vue entre la Chine et l’Occident (accusé par les chionois d’avoir eu la haute main sur les révoltes), a été vif. Pour ensuite être éclipsé par les polémiques dérisoires de la flamme olympique.


Comprendre…

 

La détresse d’un peuple

 

Si je vous disais que les Tibétains sont sûrement en passe de devenir le peuple le plus haï au monde, me croiriez-vous ? C’est pourtant à peu de chose près vrai, puisque bien que le monde entier se penche sur le calvaire tibétain, les chinois les haïssent. Représentés comme un peuple frustre, violent, attardé et barbare par les médias chinois, les tibétains sont les victimes d’une campagne nationaliste de dénigrement de la part d’un pays communiste qui pourtant aime à mettre en avant sa capacité à unir les différents peuples, allant jusqu’à ériger l’antilope du Tibet comme une des cinq mascottes de JO.

 

Une politique de l’image, certes, mais aussi de la pratique, puisque s’il fallait résumer la ligne du régime chinois, elle tiendrait en quelques mots : mater le Tibet. Mais comment ?

 

- d’abord en dilapidant sa culture et son Histoire :

 

Le Potala, ex-résidence du Dalaï-lama, n’est plus un lieu de prières mais un musée.

Les vieux quartiers sont détruits petit à petit, et remplacés par une ville moderne et tentaculaire à la communiste qui la distingue de moins en moins des autres villes chinoises.

La hiérarchie religieuse, en partie exilée à l’étranger, a été remplacée par une hiérarchie parallèle nommée par le pouvoir chinois : le signe le plus brutal de ce sabotage spirituel est la disparition du Panchen-lama (n°2 de l’école Gelugpa, après le Dalaï-lama) après sa désignation par le dalaï-lama en 1995 : un garçon de 6 ans, fils de nomades pauvres, emprisonné à vie dans les geôles de Pékin… Et remplacé par un Panchen-Lama nommé par l'Etat.

Les moines, eux, sont embarqués régulièrement dans des campagnes d’ « éducation patriotique » où on les oblige à dénoncer le dalaï-lama et à faire montre de patriotisme chinois en reniant leur peuple.

 

- puis en remodelant le Tibet à leur image :

 

Le Tibet est un pays riche. Riche de subventions chinoises, qui injectent des sommes faramineuses afin de financer des routes, des infrastructures touristiques, fixer des fonctions publiques qui, en désenclavant la région, la rendraient plus accessibles à la détibétisation et au contrôle de Pékin. Le chemin de fer Qinghai-Tibet (le plus haut du monde), inauguré en grande pompe en 2006, en est devenu le symbole.

Dans les campagnes, où se trouve la grande majorité de la population tibétaine, les nomades sont expulsés de force de leur milieu naturel sous prétexte de protéger les cours des grands fleuves, faisant d’eux des réfugiés écologiques qui participent à l’exode rural et viennent grossir les couches sociales les plus pauvres en ville.

 

- mais surtout  en submergeant démographiquement les tibétains :

 

Depuis la dernière émeute, en 1989, une vaste campagne de peuplement du Tibet par l’ethnie Hun (=l’ethnie peuplant 90% de la Chine) est mise en œuvre afin de noyer les tibétains sur leurs terres. Les villes, ou une minorité citadine et éduquée de tibétains vivait jusqu’alors, est aujourd’hui repeuplé par des chinois qui, en butte au chômage, viennent tenter leur chance dans un nouveau far-west en pleine mutation : les fonctionnaires qui choisissent de vivre au Tibet ont droit à des avantages (tickets de train gratuits, facilités d’installation, etc.) ainsi qu’à un salaire doublé voire triplé, renforçant du même coup l’hostilité entre les nouveaux venus, privilégiés, et les autochtones, exilés sur leur propre terre.

 

Pour se rendre compte de l'importance qu'a le Tibet aux yeux des chinois, il faut savoir que le président actuel de la Chine, Hu Jintao, a été gouverneur du Tibet lors des dernières émeutes de 1989 : prenant la tête d’une répression particulièrement sanglante, il en a gardé un surnom : le « boucher de Lhassa». Son successeur, Zhang Qingli, nommé en 2005, a lui déclaré dès sa prise de fonction que « les montagnes et les fleuves du Tibet rester[aient] rouges». Rouges de communisme et de sang.

 

Les enjeux d’un pays

 

La Chine ne serait plus la Chine sans le Tibet : cette région stratégique, clé de voûte de sa cohésion territoriale et terre de ressources naturelles primordiales, agrège malgré elle une Chine multinationale et éclatée que seule la centralisation brutale qu’est le communisme est parvenue à souder en pays.

Le Tibet historique est immense : représentant un quart du territoire chinois, il représente plus de 6 fois la France et abriterait 5 millions de Tibétains (à ajouter aux 3 millions qui vivent dans les régions chinoises frontalières du Tibet administratif).

 

Il recèle la deuxième biomasse forestière de Chine (en proie au déboisement massif), et regorge de ressources minérales : les plus grands gisements de cuivre et de chrome de Chine, les plus grandes réserves du monde en borax, uranium et lithium, mais aussi du fer, de l’or, de l’argent, du plomb, du zinc, du cobalt…

 

Plus que tout le reste, la ressource la plus précieuse du Tibet est l’eau : « château d’eau de l’Asie», le pays abrite les sources des grands fleuves du plateau indien et chinois qui se rejoignent au pied de l’Himalaya : le Yangzi, l’Huang He, le Mékong, l’Indus, le Gange, le Brahmapoutre, Salouen, Irrawaddy et Sutlej y naissent. La Chine estime ainsi que le Tibet abriterait 30% de ses ressources hydrauliques (alors que dans le même temps le nord de la Chine manque cruellement d’eau).

 

Sa position stratégique, elle, ne se résume pas à la "seule" richesse de ses ressources naturelles. Le Tibet est aussi le carrefour de routes énergétiques importantes acheminant le pétrole et le gaz naturel de la Mer Caspienne. Elle représente en outre une frontière stratégique avec l’Inde (avec qui des désaccords frontaliers demeurent sous le boisseau), mais aussi la Birmanie, le Bouthan, le Népal et le Pakistan.

 

 

… Et réagir

 

Pour en finir avec les jeux

Comment dès lors se débarrasser des JO ? En le délestant de toutes les conditions (boycott, etc.) qu’on essaie de lui accoler depuis quelques mois : en plus de clarifier le débat en déniant aux JO la place (désormais centrale) qu’elles occupent dans le cadre de questions aussi graves que les droits de l’Homme en Chine et le martyre du Tibet, ce (non-)geste reviendrait à rendre les JO au peuple chinois, spécifiant qu’il ne doit en rien être pris en otage par le pouvoir chinois.

 


Ainsi, pourquoi n’entend-t-on pas plutôt les chefs d’Etats s’insurger contre la présence parasite des gardes-chiourmes chinois sur le trajet de la flamme et contre la délirante décision des médias chinois de diffuser les JO en léger différé (après toilettage des séquences gênantes) ?

Voilà des questions qui font des JO un enjeu de liberté d’expression : la liberté d’expression des JO, justement !!!

Le Japon, par exemple, a fait de l’absence des chaperons chinois une affaire de souveraineté nationale et une condition sine qua non du passage de la flamme sur son sol, obligeant la Chine à les soustraire du dispositif habituel.

Pourquoi ne pas plutôt, de notre côté, conditionner notre présence aux JO à la remise "en direct" de sa diffusion prochaine, arguant du fait que les français ont le droit de ne pas avoir à subir la censure chinoise – ce qui nous serait aisément concédé ? En prenant la question des JO par le bon bout – le nôtre – nous ne pouvons qu’obtenir satisfaction et du même coup montrer notre intérêt pour les JO !

 

Du reste, le passage de la flamme aurait dû être vu sous le même angle franco-français : lorsque la flamme est passé en France, le droit de manifester (que ce soit pour le Tibet, les dissidents ou la liberté d’expression) mais aussi le droit d’avoir un passage de flamme sans problème – eu égard aux sportifs français d’abord, aux peuples chinois et français ensuite – auraient dû être considérés comme deux impératifs dont la garantie ( et la responsabilité) de bon déroulement aurait dû revenir au seul Etat français. Dès lors, les appels et tentatives d’approcher la flamme et les sportifs auraient été empêchés dans l’intérêt de la France (et non de la Chine), et de nombreux espaces auraient été ménagés pour les manifestations politiques organisées en marge – tout en contraignant les insolents gardes-flammes chinois au chômage diplomatique.

 

 

Pour avoir une diplomatie responsable et souveraine

 

 

Où est en définitive la place du Tibet e(t des droits de l’Homme en Chine) dans la diplomatie occidentale? Conditionnée par la caisse de résonnance JO, elle est tributaire de l’écho médiatique de l’évènement sportif et par conséquent condamnée à replonger dans l’oubli après ceux-ci.

Une diplomatie responsable saurait, elle :

1 – Découpler les JO du reste des "questions chinoises" avec précision sans pour autant renier le rôle des JO comme révélateur de bon aloi

2 – Ordonner ces questions selon leurs importances respectives : les JO étant un problème ponctuel pour lequel  il s’agit de réagir vite et bien à une série de défis diplomatiques pratiques, alors que le Tibet et les droits de l’Homme exigent une position claire et pensée pour le long terme

3 – Ne pas restreindre la diplomatie de notre pays envers un autre pays à la seule question des droits de l’Homme serait la moindre des choses ; tout en érigeant ces derniers comme un principe inaltérable de notre diplomatie. On peut ainsi méditer sur l’exemple irréprochable d’Angela Merkel qui a invité et rencontré le dalaï-lama sans craindre l’indignation de la Chine ni lui demander son avis… Tout en commerçant avec elle ; et sans pour autant se prendre pour une succursale de l’ONU (contrairement au Congrès américain qui vote des exigences sous forme de résolutions rédigées dans un ton professoral qui lui sied décidément très mal en ce moment).

 

 

Pour dialoguer avec les tibétains 

Que peut concrètement faire la diplomatie française dans le cas particulier du Tibet ?
Il s’agit avant tout de rechercher l’interlocuteur idéal de part et d’autre
 :

- dans le camp chinois, il n’existe pas. A part dénoncer « le dalaï-lama et sa clique », les accuser de désirer une « indépendance » qu’ils ne demandent plus depuis 30 ans, le pouvoir chinois ne fait rien pour amorcer un dialogue. Les derniers contacts avec les émissaires du gouvernement en exil ont été présentés officiellement comme non-existants, les émissaires ayant été réduits au rang de touristes venus visiter leur pays d’origine.

 

- du côté tibétain, l’interlocuteur principal est le dalaï-lama – parce qu’il est le seul que les chinois tolèrent  un tant soit peu - contrairement aux apparences.

En privilégiant cet interlocuteur plutôt qu’un autre, les occidentaux jouent le jeu de la montre chinoise : le dalaï-lama n’étant pas éternel, sa mort signifierait la disparition du Tibet de l’écran-radar diplomatique, d’autant plus que la Chine, elle, n’attend que ça pour nommer un dalaï-lama parallèle à sa botte (et compléter ainsi sa collection "fausse hiérarchie religieuse du Tibet") face au probable successeur légitime qu’entend désigner le dalaï-lama actuel de son vivant – un acte qui serait alors sans précédent historique connu.

La place exclusive octroyée au dalaï-lama par l’occident (dû principalement à son formidable aura médiatique) pose en outre un autre problème tout aussi préoccupant que son âge – et qui promet aussi d’être - à terme - à l’avantage de la Chine : en prenant une autorité spirituelle plutôt que politique pour négocier la destinée d’un peuple, l’occident dénie à ce peuple toute forme d’existence politique – acte irresponsable et lourd de conséquences alors qu’il existe un gouvernement tibétain en exil ! Un gouvernement qui est d’ailleurs sur exactement la même ligne que le dalaï-lama : ce qui ne changerait donc pas les données des négociations, mais juste l’interlocuteur désigné pour les défendre.

Ainsi, que ce soit l’un ou l’autre, la position tibétaine reste la même : la fameuse "voie du milieu" qui ne demande pas l’indépendance, ne demande pas le boycott des JO, mais demande simplement une traduction dans les faits du statut d’autonomie du Tibet (comme définie dans la constitution maoïste). Et l’arrêt des répressions culturelle, policière, etc.

 
La France n’a bien entendu pas à prendre position pour tel ou tel  règlement au Tibet, il doit juste pousser les Chinois à s’asseoir autour d’une même table que les tibétains, dans le cadre d’une aide aux négociations internationale aux modalités soigneusement décidées avec les chinois. Des négociations Chine/dalaï-lama ; voire –ce serait encore mieux- Chine/gouvernement en exil. Et tout cela sans évidemment mettre directement en balance les JO comme moyen de pression…

 

D’autant plus que la marge de manœuvre de cette "voie du milieu" pourrait se restreindre sous peu côté tibétain : la nouvelle génération n’obéit déjà plus à la ligne officielle de modération et commence à se radicaliser, prônant une indépendance plutôt qu’une autonomie, et des méthodes de manifestation plus violentes (à l’image de celles qui ont discrédité la révolte tibétaine du 10 mars) plutôt que celles, pacifiques, qui prévalaient jusque là sous le patronage bienveillant du dalaï-lama.

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 12:19

L’Iran, vainqueur collatéral de la guerre d’Irak

Comment un Iran chargé d’arbitrer des rivalités chiites en Irak en est devenu l’acteur incontournable, s’imposant du même coup comme l’allié "objectif" le plus précieux des Etats-Unis dans la région

 


Il y a maintenant deux semaines, l’Irak a été le théâtre d’une énième combinaison de rivalités qui, depuis le début de l'occupation américaine, fragmentent toujours un peu plus un pays ressemblant à présent à un patchwork sanglant de factions rivales. A ceci près que, pour la première fois, c'est ni plus ni moins qu'une guerre ouverte qui s'est déclaré entre chiites - les milices de Moqtada Al-Sadr (chef religieux puissant qui est à la tête de la milice non alliée la plus puissante d’Irak, l’Armée du Mahdi) et l’armée régulière du premier ministre chiite Nouri Al-Maliki.

Pendant une semaine, l’impopulaire Maliki a joué son va-tout en jurant de décimer l'armée parallèle de Sadr, allant jusqu’à promettre qu’il ne bougerait pas de la ville de Bassorah tant que les 18 milices recensées ne seraient pas délogées des quartiers qu’elles occup(ai)ent illégalement. Une entreprise qui, tentée pour la première fois sans l'appui (initial) des américains, s’est soldé par un échec retentissant, alors que Maliki disait à qui voulait l'entendre (et en premier lieu aux anglais qui occupent Bassorah) que son offensive serait une promenade de santé.

 

Une semaine de guerre (et 470 morts + des milliers de blessés) plus tard, Maliki - qui, au lieu de reprendre ne serait-ce qu'un seul des quartiers sadristes, a enclanché un soulèvement général des milices de l'Ayatollah dans les grandes villes chiites d'Irak - a dû s'en remettre à l'arbitrage de son allié de circonstance, l'Iran. Le 30 mars à Qom, ville sainte chiite se trouvant en plein cœur de l’Iran, Moqtada Al-Sadr et deux importants membres de l’entourage du premier ministre ont signé un cessez-le-feu sous la houlette du chef des brigades des pasdarans iraniens (= le corps armé de volontaires dont est issu le président iranien Ahmadinedjad et qui domine la vie politique iranienne)… L’Iran accédant ainsi à la supplique des Etats-Unis qui exhortait publiquement Téhéran « de mettre son influence au service de la stabilisation ».


S’il fallait une preuve de l’influence déterminante de l’Iran, la voilà. Le pays le plus haï de la région est devenu, grâce aux américains, l’arbitre des nouveaux maîtres de l’Irak - ces chiites qui aujourd’hui se divisent dans le sang entre pro et anti-américains.

Une situation d’autant plus paradoxale que les américains, qui accusaient jusqu’alors l’Iran de vouloir déstabiliser l’Irak en armant l’Armée du Mahdi, n'ont pu faire autrement que de s'en remettre à l'Iran lorsqu’il a fallu stabiliser l’Irak en sauvant la face d’un premier ministre qui, retournant à Bagdad sans avoir tenu parole, apparaît aujourd’hui de plus en plus affaibli.  

Le résultat? Une situation encore plus inextricable, alors que les américains se démènent dans le nord contre Al Qaida qui tente de séculariser la région sunnite Tikrit-Bagdad-frontière syrienne, que les chrétiens d’Irak s’exilent dans le nord kurde - fuyant les kidnappings et les assassinats répétés, et que les kurdes s’essaient à une sécurité retrouvée sous la menace d’une ingérence militaire turque, etc.


Et l’Iran qui, grâce aux Etats-Unis, ne compte plus l’Irak au nombre de ses ennemis (l’Irak de Saddam Hussein a longtemps été le plus dangereux – cf. la guerre Iran-Irak), est aujourd’hui devenu, en qualité de seule puissance régionale capable de stabiliser l’Irak, l’acteur incontournable de la guerre d’influence qui se joue là-bas.

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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 23:19
Quelques considérations sur le sommet de bucarest

 

Quelle position pour la France ?

- Nicolas Sarkozy a bel et bien annoncé, comme nous l’avions prédit en nov 2007, la réintégration prochaine de la France dans le commandement militaire intégré de l’Alliance atlantique : un pas qui serait franchit au prochain sommet, en 2009 ; si toutefois des efforts étaient consentis par les Etats-Unis dans le sens d’une ébauche d’une Europe de la défense.

- La France et l’Allemagne ont mené une fronde (réussie) contre l’ouverture annoncée par Bush du processus d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine, remarquant toutefois que cette décision restait provisoire et pourrait changer tôt ou tard.

- La France a annoncé l’envoi de près de 700 hommes en Afghanistan, dans les zones de combats à l’Est.

 

Quelle position pour les Etats-Unis et le Canada?

Les objectifs principaux de Bush en arrivant à Bucarest, faire entrer l’Ukraine et la Géorgie, n’ont pas été remplis. Ce qui ne l’empêche pas de parvenir à gagner des troupes françaises pour l’Afghanistan, des troupes qu’attendait avec impatience le Canada, dont le premier ministre Stephen Harper, faisant face à une opposition populaire croissante et échaudé par la moisson de victimes canadiennes, avait décidément bien besoin.

 

Quelle position pour la Russie ?

La Russie a gagné. Elle est parvenue à gagner le bras de fer qui l’opposait aux Etats-Unis en faisant capoter la programmation de l’adhésion de ‘l’Ukraine et de la Géorgie, deux ex-pays satellites de ce qu’elle considère comme sa zone d’influence naturelle (car hérité de l’URSS).

 

Ce qu’il faut en penser :

 

La position de Nicolas Sarkozy ressemble à du mauvais troc : il pense acheter l’autonomie  de l’Europe militaire aux Etats-Unis en donnant pour gage la promesse de la fin de son autonomie face aux Etats-Unis sur le plan militaire (en intégrant totalement l’OTAN alors que De Gaulle l’avait quitté en 1966) : la logique m’échappe…

Il ne récolte d’ailleurs pour le moment pas plus que la promesse d’un geste à venir en ce sens : et s’en félicite chaudement. Reste à convaincre l’Angleterre, dont le principal souci et de faire que l’Europe reste un espace strictement économique et douanier : cherchez l’erreur…

 

L’évolution dans le sens d’une réintégration dans l’OTAN n’est certes pas à mettre au crédit du seul Sarkozy et est le fruit d’un rapprochement constant opéré par ses successeurs. A une différence près, cependant : Nicolas Sarkozy ne fait pas seulement du troc ; il a le bénéfice de l’honnêteté puisqu’en réinvestissant dans les relations transatlantiques, il continue à opérer la seule ligne politique claire qu’on lui connaisse dans le domaine diplomatique : un réalignement atlantiste.

 

Alors pourquoi avoir freiné aux quatre fers l’intégration de la Géorgie et de l’Ukraine, puisque telle était la volonté des Etats-Unis ? Pour l’intérêt de l’Europe, qui se serait retrouvé victime collatérale de la vengeance russe (exportateur de gaz, etc.) si l’estocade étasunienne avait porté. Pour ne pas être les cocus de l’histoire, Merkel et Sarkozy ont donc ménagé la Russie, et ils ont eu raison. Il ne sert à rien de jouer le jeu du rapport de force à tout bout de champ avec Poutine, surtout lorsqu’il s’agit de servir la soupe aux Etats-Unis en leur donnant deux pays influants aux portes de la Russie.

 

A contrario, l’Europe a joué la carte de l’Europe en négociant l’entrée de l’Albanie et de la Croatie. Dans le jeu des chaises musicales, c’est l’Europe qui a gagné. Et dans celle du chantage, la Russie. Mais les Etats-Unis repartent avec un autre pays dans leur escarcelle, et pas des moindres : la France.

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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 18:05
Le prix de la fin du consensus français sur l’Afghanistan

Dans un de mes articles paru en novembre 2007, titré "Sarko troquera-t-il la France à l’OTAN?" (http://blognot.over-blog.fr/article-13923837.html), je prévoyais le retour de la France dans le giron américain pour le 2ème trimestre 2008. Aujourd’hui, premier jour du 2ème trimestre 2008, Nicolas Sarkozy vient de décider d’envoyer des troupes françaises supplémentaires en Afghanistan au mépris de ses promesses et du peuple…



Le président Sarkozy, lors de son voyage en Grande-Bretagne la semaine dernière, a jugé opportun de réserver la primeur d’une annonce déterminante concernant la redéfinition de la place de la France dans la lutte anti-terroriste menée conjointement avec l'Allemagne, le Canada, et les Etats-unis en Afghanistan à la Chambre des Communes britannique, déclarant qu’il proposerait « une augmentation des troupes supplémentaires en Afghanistan », et que la France « resterait avec ses armées » puisqu’en « Afghanistan se joue une partie essentielle ».

Avant même d’annoncer aux français un réengagement qui les concerne et les engage (justement), le président a donc jugé bon de le présenter sous forme de cadeau fait aux britanniques. Que doit-on en penser ?

1-       Le président s’octroie le droit de décider seul (ou avec ses conseillers non élus) de l’emploi des troupes françaises : une posture gaullienne… A une différence fondamentale près – il n’en prend pas la responsabilité face au peuple français, mais face à ceux  à qui cette mesure est destinée (les Etats-Unis - prévenus depuis quelques semaines déjà, et enfin les britanniques)

2-       Il dénie à l’assemblée nationale le droit de voter ces troupes supplémentaires, les invitant tout au plus à en débattre une fois la décision prise (et annoncée, je le souligne, devant les parlementaires d'un autre pays). Une sorte de conseil non décisionnel, non consultatif, qui ferait tout juste office de cache-sexe démocratique…

3-       Il ne présente pas ce réengagement comme une mesure prise dans l’intérêt de la France, mais comme un cadeau fait en gage de bonne volonté :

-          aux Etats-Unis : afin - soit disant - de leur faire en contrepartie accepter de lâcher du lest (entendre par là "donner un peu de mou aux liens qui aliènent les pays d’Europe de l’Est  - fraîchement entrés dans l'UE -  aux Etats-Unis" ), et d’accepter le projet d’ébauche d’une hypothétique Europe de la défense (dont la concurrence avec l’OTAN ne saurait pourtant leur plaire).

-          à la Grande-Bretagne : afin de la mettre en de meilleures dispositions vis-à-vis de l’Europe – cette volonté a d’ailleurs été le fil directeur de sa visite à Londres, culminant par son vibrant plaidoyer pour une Europe britannique et une Grande-Bretagne européenne.

 

4-       Enfin, il démontre que cette décision n'a rien à voir avec une réflexion/conviction personnelle puisqu’il y a moins d’un an de ça (le 26 avril 2007 sur France 2), le même Sarkozy, alors candidat, avait affirmé (et réaffirmé, face à l’insistance d’Arlette Chabot)  que « la présence française n’est pas décisive » et que celle-ci « n’est pas appelée à [y] être à long terme » puisqu'« aucune armée étrangère n’a réussi à gagner dans un autre pays que le sien ». Un mensonge… D’Etat !

Ici, il n'est même plus question de la pertinence d’une décision, mais de ce qu’elle révèle du niveau de désinvolture de Nicolas Sarkozy lorsqu’il entend décider du niveau d’engagement du pays qu’il dirige DANS UNE GUERRE !!!

Force est de conclure, finalement, que si Sarkozy n’accepte pas que quiconque d’autre que lui puisse débattre de cette question ô combien importante, c'est tout simplement pour ne pas être mis face à ses contradictions, son amateurisme et ses mensonges !

 

Ce que Sarkozy a décidé : Augmenter le nombre de soldats français en Afghanistan à 2600 (grosso-modo 1000 de plus qu’avant), et ne plus les cantonner aux zones pacifiées comme Kandahar et Kaboul.

 

En effet, si, jusque là, la France ne déplorait "que" 14 morts, son redéploiement dans les zones de combat (au sud-est notamment où le Canada, bien seul, en est à 80 morts) nous promet une inflation des victimes dans nos rangs, d’autant plus que les talibans – laminés et en fuite au lendemain de la prise de Kaboul – ont repris du poil de la bête depuis 2005. Les statistiques montrent en effet une augmentation sensible du nombre d’attaques suicides, d’attentats, et de victimes des talibans, qui, profitant des bavures aériennes des américains (cortèges de mariage pris pour colonne de talibans par l’aviation, etc.), tentent de reprendre du terrain…

 

L’erreur de la coalition ? Travailler en terme de contingents dans un cadre multilatéral au lieu de reprendre une hiérarchie de commandement et un brassage type casques bleus (en plus offensifs, bien sûr)

 

Son atout actuel ? En menant une politique de terreur dans les villes afghanes reprises à la coalition, les talibans n’ont pas vu leur côte de popularité évoluer assez  pour leur assurer une base populaire solide, ce qui, contrairement à la Somalie DONT PERSONNE NE PARLE, ne leur permet pas de s’assurer un soutien du peuple déterminant s’ils veulent un jour amorcer une dynamique sur le terrain.

 
Conséquences politiques: en France, l'Afghanistan était jusque là vu comme le contre-exemple de l'Irak, une guerre contre le terroriste décidée de concert par des nations dans un cadre international légal, et un consensus national quasi-parfait. Aujourd'hui, ce consensus a explosé par le refus de Sarkozy d'en débattre avec l'opposition et en prenant le contre-pied de la volonté populaire (68% contre selon un sondage BVA). 

 

 

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 13:27

Mc Cain : La victoire passera par l’Irak


Alors qu'Obama et Clinton se bouffent mutuellement leurs chances de victoire finale dans une lutte fratricide, Mc Cain vient d’achever un long voyage qui l’a mené en Irak, en Jordanie, en Israël, en France et en Grande-Bretagne. Une bonne occasion de revenir sur la guerre d’Irak selon Mc Cain ; et de dire en quoi il a raison et en quoi il sera dangereux…



Tous les fameux chroniqueurs/devins chargés de suivre les présidentielles américaines vous le diront : la campagne à venir se jouera soit sur la politique étrangère, soit sur l’économie (ou successivement les deux).

Alors que le spectre de la récession - contenu non sans mal par la FED qui baisse les taux d’intérêts pour mettre le marché sous perfusion de liquidités et l’empêcher de chuter (en organisant du même coup l’inflation) - guette les marchés américains, Mc Cain s’est organisé un voyage surprise en Irak (le 8ème du genre) afin de remettre la dernière guerre (en date ?) des Etats-Unis sur le haut de la pile des médias. Le désormais célèbre clin d’œil de Mc Cain est, ici, on ne peut plus suggestif : « je ferais ma campagne sur l’Irak » ne cesse-t-il de marteler avec une régularité de métronome; tentant de nous faire oublier ce qu’il avait lui-même avoué il y a quelques mois : ne rien comprendre à l’économie.

Le timing est le bon : les Kurdes commémorent les massacres d’Ali le chimique, et attendent son exécution imminente, alors que les Américains s’apprêtent à entamer leur cinquième année d’occupation en Irak (allez ! plus que 95 années - si on en croit Mc Cain qui se dit prêt à rester 100 ans s’il le faut).

 
Le calcul de Mc Cain est simple : sa seule lisibilité, ses compétences, son pedigree de vétéran [1], sa stature se résument à sa posture (convaincante d’après des sondages d’opinion et relayée complaisamment par les médias [2]) de "Commander In Chief". Qu’il compte mettre au service de ses idées, à rebours de l’opinion américaine [3] : un réengagement massif en Irak, une attitude offensive (sinon guerrière) en Iran[4], une attitude messianique au Proche-Orient, un isolement du Hamas…

Une stratégie pareille peut-elle fonctionner ? Une question qui mérite d’être posée, compte tenu du chantier laissé par George W. Bush, et qui ramène à une question corollaire : qui pour reprendre en main un champ de bataille à l’échelle d’un continent où stationne la quasi-totalité de l’armée américaine ?

Car quoi qu’on en dise, la position de Mc Cain sur l’Irak est plus tenable (et solide) que celle de ses concurrents : les américains ne peuvent en effet pas reculer maintenant en laissant un pays dans la guerre civile, en proie aux massacres, à la sécularisation d’Al Qu’Aïda, à l’islamisation politique et à la prise d’influence de l’Iran.

Alors que ses adversaires démocrates comptent (sur quelle calculette magique ?) les mois qui leur restent avant de ramener les troupes à la maison, lui tient compte de la réalité du terrain. Un bon point, évidemment.

Or au-delà du bon diagnostic, il y a son constat de la guerre (soufflé par des néoconservateurs qui envisagent de se refaire une santé avec Mc Cain aux commandes) : un constat clairement faussé, dangereux, voire de très mauvaise augure, qui professe la victoire possible, répond par la méthode Coué  à chaque millier de mort américain, s’imagine utiliser l’Irak comme rampe de lancement en cas de bombardement contre l’Iran, rêve de garantir la sécurité d’Israël en gâchant celle de ses voisins, etc.

Face à un prétendant républicain réaliste et dangereux, capable de mettre sa vision du Proche-Orient sur le compte de sa franchise et de sa posture pour en faire ses meilleurs atouts - puisque celle-ci est solide, claire, connue et éprouvée (ne serait-ce que par le fait que c’est le travail de Bush qui sera continué); l’adversaire potentiel d’en face doit réinventer une autre voie, convaincre d’une hypothétique réussite possible en passant par d’autres voies.

 
Car il ne suffit pas de ne plus vouloir la guerre pour l’arrêter, une fois celle-ci lancée… Il faut savoir la finir.


 

P.S : à noter- la gaffe de Mc Cain qui a dit avant d’être corrigé par son conseiller qu’Al Qaïda était entraîné par l’Iran, confondant les milices chiites et les terroristes sunnites anti-américains.

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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 00:23

Wanted: Hugo Chàvez

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Hugo Chavez horripile décidément beaucoup de monde – et les Etats-Unis en premier lieu. L’homme fort du Venezuela, porté par une base populaire qui ne se dément pas (même après le référendum sur la constitution qu’il a perdu cela fait quelques mois), déjoue tous les pièges tendus par Washington qui finance ouvertement et grassement les riches patrons vénézuéliens dans le but de le faire tomber. Malheureusement, les temps ont changés, et l’assassinat de Salvador Allende n’est pas près de se reproduire dans un pays qui, que la propagande occidentale le veuille ou non, a jusque là fait preuve d’une maturité démocratique peu commune.

i80370chavez.jpgMeilleur exemple à cet actif : le référendum du 2 décembre 2007, censé refonder (une seconde fois depuis son accession au pouvoir en 1998) la Constitution en mettant notamment dans le marbre le type de politique et d’économie prôné par Chavez; le socialisme. Or une partie de ses partisans ont été déroutés par l’absence (parfaitement légale au demeurant), cette fois-là, d’une assemblée constituante qui aurait préalablement décidé des modifications constitutionnelles qui furent ensuite proposées au peuple , ainsi que par l’utilité d’une réforme qui institue quelques chose que la constitution actuelle n’empêche pourtant pas juridiquement parlant.
Au bout d’une campagne âpre (car personnalisée par Chavez) mais pacifique (qui a vu se diviser les chavistes), la commission électorale avait annoncé dans la soirée suivant le scrutin qu’avec 50,5% (un score si serré que tous les médias s’attendaient à une entourloupe de la commission ou à des heurts violents), donc 110000 voix d’avances, Chavez avait perdu contre le peuple qui l’avait un an auparavant réélu avec 63% des suffrages (7,5 millions d’électeurs). Un Chavez qui a immédiatement reconnu les résultats et félicité tous les électeurs! 

Mais qui est diable Hugo Chavez, vous demandez-vous déroutés ? Un populiste, oui. Un gauchiste, aussi. Mais avant tout un démocrate au bilan spectaculaire. Sous ses mandats, les indigènes ont été intégrés dans la Nation, des millions d’adultes ont été alphabétisés, trois millions d’hectares ont été distribuées aux paysans, des milliers de dispensaires médicaux ont été installés dans les quartiers populaires, des dizaines de milliers de personnes ont été opérées des yeux gratuitement, des produits alimentaires - subventionnés - ont été proposés aux plus pauvres avec des prix inférieurs à 42% et la durée de travail hebdomadaire est passée de 44 à 36 heures alors que le salaire minimum a grimpé à 204 euros par mois.

dancart3444-copie-1.jpgDes mesures spectaculaires, certes, mais handicapantes pour l’économie, me direz-vous? Non. La pauvreté baissant de 42,8% à 37,9%, la croissance a été soutenue par un pouvoir d’achat relevé (consommation augmentée de 18%) et a fait de la croissance vénézuélienne une des plus fortes du monde (12%).

Passé le premier stade de mesures, Chavez a garanti par un premier référendum une démocratie plus participative, a repris en main la société publique pétrolière nationale, a nationalisé la principale entreprise de télécommunications et la compagnie d’électricité de la capitale ainsi que certains champs pétrolifères, et a garanti grâce à l’argent du pétrole le financement de ses programmes sociaux... Et tout ça dans la légalité la plus stricte !

Face à lui, ses opposants ont tentés coup d’état, grève pétrolière, boycott, fuite de capitaux, tentatives d’attentats… Sans succès. Leur principale chaîne de télé, RCTV, qui avait appelé au putch (raté) en 2004, n'a pas vu sa licence renouvelée  (mais a repris dernièrement sur le câble et le satellite): voilà le seul grief concret à leur actif en dix ans de pouvoir chaviste.

Aujourd’hui, "Ego" Chavez est devenu « la » référence en Amérique latine et dans l’extrême gauche occidentale.  Enfin un mec qui roule des mécaniques, provoque les dirigeants du monde, lamine l’influence américaine dans son bac à sable continental tout en précédant, appuyant (parfois même maternant, comme en Bolivie) le passage à gauche d’une grande partie des démocraties latino-américaines sans pour autant sortir des limites du jeu démocratiques - quitte à perdre à 0.5% près lors d’une consultation populaire vécue pourtant comme une défaite personnelle.


De là à dire que nos médias nous trompent? Pas vraiment, finalement, car dans le cirque médiatique international le plus grand atout du président Chavez est justement l’image antioccidentale qu’il cultive jalousement à coup de déclarations chocs, insultes à monarque espagnol, invectives, etc.

Comme si, bizarrement, ses ennemis étaient ses meilleurs alliés (au contraire de ses amis, à l’origine de sa première défaite électorale en 10 ans) !


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